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Être cause de soi.

Publié le par Miteny

Aujourd'hui je vais vous parler de la nature intime de Dieu. Alors attention, cela va être ardu... Car oui, rien n'est plus abstrait que Dieu. Cette entité, si on peut l'appeler ainsi, est si abstraite, si transcendante, qu'il est bien difficile d'en dire ne serait-ce que quelques mots. C'est en outre un sujet bien délicat : même en partant de la simple différence douleur/pas douleur, on arrive à créer des tensions et des haines qui n'ont aucun sens rationnel. C'est pathétique... Mais bon, passons. Ce qui va m'intéresser ici c'est la principale caractéristique d'une entité se voulant suprême : la cause de soi. Car tel est bien le cœur du problème. Tout ce qui existe a une cause, et tout ce qui a une cause extérieure à soi ne peut être qualifié de divin. Au contraire, Dieu est Dieu parce qu'il est cause de lui-même : c'est là la différence fondamentale, je dis bien fondamentale, entre lui et le reste du monde.

En 2012 dans cet article, j'avais montré que, du fait de cette caractéristique, Dieu alias la Substance existe d'une manière extrêmement puissante car extrêmement nécessaire. Puis dans cet autre article, j'en avais déduit qu'il n'est limité que par lui-même : rien ne peut contraindre son pouvoir d'être quelque chose si ce n'est lui-même. Autrement dit, il doit pouvoir être à peu près ce que bon lui semble. Lui seul décide de la complexité de sa nature. Ce qui implique par exemple l'existence du temps car, comme je l'avais montré à l'époque, sans le temps, pas de possibilité d'évolution vers quelque chose de plus élaboré. Tout serait non seulement statique mais également a priori sans aucune complexité. L'apprentissage, la révélation, et donc la prise de conscience de soi, seraient impossibles. Ce qui est exactement la définition du néant, le contraire de la complexité.

Être ce que l'on veut, décider de la complexité de sa nature, est un pouvoir vraiment extraordinaire. Et quand on l'a, peut-on faire autre chose que l'utiliser à fond et donc... de tout essayer ? Autrement dit d'envisager toutes les possibilités, de voir toutes les formes que peut revêtir le concept d'Existence, y compris et surtout les formes plus élaborées. Quitte à séparer ensuite le bon grain de l'ivraie. Un point important qu'il faut d'ores et déjà préciser : ce que Dieu va décider d'être sera sa création. En d'autres termes, sa création sera une part de lui. Et tout ce qui existe fait partie de cette création puisque dès l'origine, il n'y a rien d'autre que Dieu. Attention, ce n'est pas du panthéisme : je ne dis pas ici que l'univers et Dieu se confondent, mais que l'univers n'est bien qu'une partie de son ''être'', comme mon pied gauche est une partie de moi sans que moi je ne sois que mon pied gauche. Surtout qu'il n'y a pas que l'univers qui ait été créé. En effet, le concept d'Existence peut avoir plusieurs définitions, plusieurs formes : comme je l'expliquais il y a 15 jours, il peut être soit un concept S, c'est à dire quelque chose qui ne peut se réduire à un nom, aussi précis soit-il, soit un concept L, c'est à dire un nom.

L'avantage avec les codes, les notations, les noms, c'est que l'on peut imaginer des relations entre eux, des formules et ainsi inventer un langage mathématique qui sans doute au tout début n'est constitué que par 0 et 1, mais qui, par la suite, s'enrichit à l'infini. Non seulement il s'enrichit à l'infini mais il devient ''réel'' : en effet, selon l'hypothèse la plus raisonnable scientifiquement, tout ce que l'on peut imaginer mathématiquement doit exister quelque part. C'est la seule façon d'expliquer l'existence de notre univers si parfaitement adapté à l'émergence de la vie, j'en avais parlé en 2012. Autrement dit, le plus raisonnable est de penser que la ''réalité prise absolument'' - laquelle ne correspond pas à la définition officielle du mot réalité, attention - contient tout ce qu'il est possible d'imaginer mathématiquement. C'est à dire que ce qui existe correspond à ce qu'une entité toute puissante et cause d'elle-même aurait logiquement fait. Incroyable, non ? C'est ce que j'avais illustré en 2012 dans l'article avec cette image :

multivers-ao

Il s'agit d'un dessin peut-être un peu simpliste de ce que Tegmark appelle le multivers de niveau 5, dont notre univers est une toute petite partie, et qui est formé par tout ce qui est mathématiquement possible d'imaginer. Selon ce scientifique, ce multivers de niveau 5 correspond à ce que Claude Tresmontant appelait ''l'univers pris absolument'', à savoir le Grand-Tout, c'est à dire tout, tout ce qui existe. Et que tout ce que existe corresponde à tout ce que la physique peut se permettre est tout de même une ''coïncidence'' extraordinaire, vous ne trouvez pas ?? Il ne vous est jamais arrivé de vous demander pourquoi l'univers était si incroyablement riche et vaste ?

Non seulement chaque galaxie contient des centaines de milliards d'étoiles, mais l'univers contient des milliards et des milliards de galaxies. Cela donne tellement le vertige que même les scientifiques ont eu du mal à croire ce qu'ils voyaient lorsqu'ils ont découvert l'existence de ces ''univers-îles'' : cela paraissait bien trop fantastique. Pourquoi une telle profusion dans la création ? Sincèrement, c'est dantesque de créer tout ça. D'autant que, comme je viens de l'expliquer avec Tegmark, notre univers n'est semble-t-il qu'un univers quelconque dans la multitude d'univers de notre multivers de niveau 1, lequel n'est qu'un multivers de niveau 1 quelconque dans la multitude de multivers de niveau 1 de notre multivers de niveau 2, lequel n'est... Etc, etc, etc... Pourquoi une telle orgie d'existence ? Pourquoi tout ce qui existe ne se résume pas à un proton et à un électron par exemple ? Pourquoi ??! Hein ?? Pourquoi ?? Eh bien je vous l'ai dit pourquoi : parce que Dieu est cause de lui-même. Il décide de ce qu'il peut créer. Et logiquement, il a décidé de créer... TOUT. C'est la seule façon d'expliquer la coïncidence évoquée plus haut. Or je le répète, que TOUT existe ne va pas de soi : cela aurait pu être RIEN, ou pas grand-chose. Entre rien, pas grand-chose, pas mal de choses, presque tout et tout, les différences sont énormes...

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Les concepts S sont sans doute eux aussi riches à l'infini. Mais ils ont l'inconvénient de ne pas pouvoir se combiner pour former un langage. Par contre, ils peuvent, au contraire des concepts L, créer des réalités, cette fois ci selon le sens officiel du terme, et donc permettre à la conscience de soi d’apparaître. Ils sont inconnaissables mais très puissants : on ne peut pas tout avoir... Concept L, concept S... Existe-t-il d'autres sortes de concepts ?

A priori, oui. Autant que possible, toujours selon le même principe qui veut que Dieu ait TOUT créé. Le célèbre philosophe Baruch Spinoza avait, à son époque, lui aussi compris la puissance extraordinaire que devait avoir une Substance cause d'elle-même. C'est pourquoi il affirmait qu'une telle entité se devait d'avoir une infinité d'attributs, même si nous ne pouvions qu'en connaître deux qu'ils nommaient l'esprit et l'étendue. Je dis la même chose, mais avec un peu plus de rigueur. Chez moi, les attributs correspondraient aux types de concept imaginables par une Substance : L, S et pourquoi pas T comme temps. L'esprit, comme je l'ai rageusement expliqué des milliers de fois, est une combinaison de concepts L et de concepts S, et T, bien sûr : on ne peut donc le considérer d'emblée comme un attribut originel. Après, je ne sais pas s'il y a une infinité d'attributs au sens quasiment spinoziste du terme, c'est à dire une infinité de types de concept. En tout cas, il y en a le plus possible...

Je suis loin d'avoir tout dit à ce sujet, bien sûr. Il y aurait tant à investiguer sur le concept S, bien mystérieux. Il semble, comme je le disais il y a 15 jours, être capable d'exister par lui-même, tout comme Dieu. Est-il l'essence de la ''cause de soi'' ?? Je ne sais pas. Je ne suis même pas sûr que cette phrase ait un sens... Je n'y répondrai donc pas pour l'instant, je préfère continuer à enquêter sur le formidable potentiel de création de Dieu.

Comme je le disais plus haut, cause de lui-même, Dieu est seul à décider de sa nature et donc de sa complexité. Et j'ai également dit qu'il se devait d'utiliser le temps. Ce qui implique que la complexité qu'il veut obtenir, qui est son objectif naturel si j'ose dire, il ne peut l'obtenir qu'avec le temps. Encore une fois, si le temps n'existait pas, rien ne serait possible. En fait, la Substance utilise le temps pour complexifier sa création qui est, d'une certaine manière, ce qu'il veut être, ce qui le fait exister, ce qui le révèle...

Il va ainsi en faire quelque chose de toujours plus grandiose. Ce n'est d'ailleurs pas un hasard si le nom de ce Dieu unique a été dès le début ''je serai'', ''je me révélerai être''. Car oui, comme je l'écrivais en 2007, le nom donné par Moïse est "èhyèh ashèr èhyeh". "èhyèh" vient du verbe hébreu "hâyâh" qui exprime principalement l´idée de venir à l'existence, arriver, devenir, revêtir, entrer dans un nouvel état... Dans ce contexte, le plus juste serait de traduire le nom de Dieu par ''je serai'' ou ''je me révélerai être'' plutôt que par ''je suis''. Et d'après ce qui est écrit plus haut, cela correspond tout à fait à la caractéristique principale du seul Dieu qui existe vraiment : la cause de soi. En effet, ce nom sous-entend que Dieu vient à l'existence petit à petit, qu'il se révèle, comme s'il s'enrichissait avec le temps.

Entre parenthèses, je me demande si tous ceux qui répètent bêtement le ''Notre Père'' savent tout ça. Je me doute que non. Pourtant ils disent : « Notre Père qui es aux cieux, que ton nom soit sanctifié, que ton règne vienne, que ta volonté soit faite sur la terre comme au ciel ». Comment pourraient-ils sanctifier un nom qu'ils ne connaissent pas ? Ils feraient mieux de se taire, du coup... D'autant que, du fait de leurs dogmes statistiques, leur comportement est exactement inverse à celui qui serait inspiré par la sanctification d'un nom qui signifie ''je me révélerai être''. C'est carrément une profanation du nom de Dieu, un crime mortel dans leurs religions. Le comble de la bêtise. Pathétique. Mais bon, je préfère passer... Sinon je n'en aurai jamais fini de dire du mal des cons.

Revenons plutôt à nos moutons : si Dieu cherche donc à complexifier, enrichir sa création, il devrait faire en sorte que sa création se complexifie et soit la plus riche, la plus élaborée possible, c'est une lapalissade. C'est ce qu'il a fait au niveau des multivers et de chaque univers de ces multivers : ils sont riches, complexes, d'une variété hallucinante. C'est sans doute aussi ce qu'il doit faire pour ce fascinant phénomène qu'est la vie : j'en reparlerai bientôt dans un autre article, tellement ce point est intéressant. On peut même penser que, puisqu'il est connecté à chaque être humain via le lien métaphysique, il agisse d'une certaine manière dans le déroulement de l'Histoire, notre histoire. C'est fort ! Quoique... Je vais peut-être un peu trop vite : je discoure comme s'il était évident que Dieu avait un dessein, le fameux dessein intelligent, l'intelligent designdes américains. Et sans vraiment en apporter la preuve.

Pour l'instant, je n'ai de réels arguments que sur le lien entre être cause de soi et être capable de décider de la complexité de sa nature, c'est à dire être capable de créer différents types de concept et un langage le plus élaboré possible. Mais c'est déjà peut-être bien suffisant... En effet, ce que je décris là dénote des capacités assez évoluées : pouvoir écrire, imaginer, créer tout un tas de formules mathématiques complexes nécessite une certaine intelligence, vous en conviendrez. Si Dieu possède cette intelligence, même si elle n'est pas comme la nôtre, et si de plus il suit un certain objectif, celui de la complexité, alors vous devrez admettre qu'il n'est pas du tout absurde de parler de dessein intelligent. Dieu n'est pas juste une force aveugle qui fait des trucs au hasard sans trop savoir pourquoi. Une entité qui possède une telle énergie vitale, une telle ''volonté'', et qui est capable de concevoir un monde comme le nôtre ne peut pas être vraiment qualifiée de force impersonnelle. Ce qualificatif convient aux interactions fondamentales comme la gravitation, l'interaction forte ou l'interaction faible mais pas à Dieu, c'est clair.

Certes IL n'est pas une ''personne'' au sens anthropomorphique du terme. Il est une entité intelligente, mais sans conscience aussi nettement identifiable que la conscience humaine : il est sans doute dans une ''position intermédiaire''... Le cul entre deux chaises quoi... Pour tenter de continuer à cerner un minimum ce phénomène Ô combien mystérieux et dont le titre est un petit mot de quatre lettres très célèbre, je pense qu'il faut revenir maintenant à la signification de son nom – et pas de son titre – , à savoir : je me révélerai être. Là où j'en étais avant de digresser et de redigresser...

Cette phrase renvoie l'idée que Dieu se révèle avec le temps grâce au perfectionnement de sa création : il ''comprendrait'' davantage de choses au fur et à mesure que sa création se complexifie. Comme s'il intégrait sa création, la comprenait et se servait de cette ''clairvoyance'' pour aller plus loin, vers une création plus élaborée. C'est d'ailleurs l'idée qui ressort d'un livre comme la Genèse, récit de la fondation s'il en est. Considérez par exemple le verset 1.10 : « Dieu appela le sec terre, et il appela l'amas des eaux mers. Dieu vit que cela était bon. » Dieu vit que cela était bon. Presque tous les jours de la création du récit biblique, qui sont en fait des périodes de temps indéterminées, se terminent par cette petite phrase : « Dieu vit que cela était bon ». Pourquoi cette petite phrase ? Pour signifier que Dieu constate que ce qu'il a fait est ''bon'' et que donc, il ne le savait pas avant ! Quand on se rend compte que quelque chose est cool, ça veut dire qu'on ne le savait pas avant.... Autrement dit, en créant, Dieu apprend : il ne sait pas tout dès le début. Il s'enrichit par la connaissance, si j'ose dire, de ce qu'il fait et peut ainsi s'améliorer la fois suivante. Son action de création est de plus en plus efficiente, précise, avec le temps : il apprend à séparer le bon grain de l'ivraie. Ce qui implique que son action était primitive au début de la création de l'univers. Oui, primitive, j'ose le mot. La Toute-Puissance de la Substance n'exclut pas quelques faiblesses...

Tout cela signifie que Dieu ne sait pas forcément d'avance ce qu'il veut. Son objectif se précise avec le déroulement de l'histoire : multivers, univers, planètes, vie simple, vie complexe... Puis l'homme, enfin. Avec l'homme, Dieu a inventé la conscience de soi et il a vu que ''cela était bon''... Après avoir fait prospérer sa créature tranquillement pendant des milliers d'années dans le jardin d’Éden qu'était la Terre du paléolithique, il a voulu passer à l'étape suivante : la civilisation. La civilisation permet à l'homme, donc au support de la conscience, d'augmenter sa connaissance. Elle permet d'améliorer l'invention la plus sophistiquée de la Substance, son chef d'œuvre. Et, encore une fois, Dieu ''vit que cela était bon''.

Si bon qu'une première grande étape est proche de s'accomplir : en effet on dit que le monde fut créé pour que la Substance puisse y trouver une demeure et qu'il serait tout prêt de la dénicher. C'est ce que j'expliquais dans cet article Le dessein de Dieu l'année dernière : d'après certains ''spécialistes'', Dieu souhaiterait s'incarner dans un corps pour pouvoir lui aussi acquérir une conscience... Ce serait même l'objectif ultime de tout ce bordel qu'on appelle l'univers. Concrètement qu'est ce que cela signifie ??

Même après une relecture de l'article de décembre 2012, qui apporte une réponse honorable avec l'hypothèse ''Messie'', il faut avouer que cette affirmation semble bien mystérieuse. On pourrait penser que d'un point de vue extérieur, celui que Dieu est censé adopter, toutes les consciences humaines se valent et que le plus important est le destin de la communauté humaine dans son ensemble. Apparemment non, donc... Ou en tout cas, pas exactement, car leurs deux sorts, celui de l'humanité et celui de l'incarnation, restent intimement liés. Mille fois étrange.

Je ne pourrai pas donner maintenant l'explication détaillée que je n'ai pas. En outre, il est temps de CONCLURE cet article bien long dont l'objectif était avant tout l'examen des conséquences de cette caractéristique inévitable pour Dieu, la cause de soi. Voici ce que j'aurais trouvé :

  1. Être cause de soi c'est pouvoir décider de la complexité de sa nature, et donc choisir de créer le monde le plus riche et le plus complet possible. Ce qui semble être effectivement le cas de l'univers pris absolument, que l'on pourrait assimiler, avec un peu de poésie, au corps de Dieu.

  2. Il n'y a aucune raison a priori pour que Dieu alias la Substance sache tout sur tout dès le début, au contraire : ce n'est pas ça la Toute-Puissance.

  3. La Substance apprend en même temps que la création s'enrichit. Cela explique pourquoi l'objectif de Dieu n'est pas a priori parfaitement déterminé à l'avance.

  4. Cet ''apprentissage'' se vérifierait par l'accélération de l'évolution de la complexité de la création dans l'histoire.

  5. Le nom de Dieu symbolise cette caractéristique essentielle de la Substance.

  6. L’œuvre divine a atteint un summum avec l'émergence de la conscience de soi, résultat époustouflant d'une combinaison très sophistiquée de concepts L et S.

  7. Mais ce n'est pas tout, il y aurait encore mieux ! C'est l'étape suivante du dessein intelligent, qui pourrait être une incarnation.

C'est tout de même fascinant : la cause de soi, ce phénomène étrange qui se doit d'arrêter la chaîne de la causalité, est en fait la raison de toute existence, y compris et surtout de la nôtre. Cet article délivre aussi discrètement un autre message, qui a son importance : Dieu veille sur l'Histoire. Nous ne sommes pas seuls, Dieu fait attention à nous... A priori. J'espère avoir été convaincant.

Bien cordialement.

Post-scriptum : pour illustrer l'extraordinaire richesse de la création, une petite vidéo à regarder si vous êtes sceptiques. Tout en la visionnant, posez vous la question suivante : mais pourquoi donc l'univers est-il si riche ?? Pourquoi n'y a-t-il pas à la place de tout ça juste un seul petit proton isolé dans un immense vide ?

 

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Mathématiques, physique et information.

Publié le par Miteny

Comme l'explique si bien wikipedia, les  mathématiques constituent un domaine de connaissances abstraites construites à l'aide de raisonnements logiques. Elles se distinguent des autres sciences parce qu'elles sont de nature purement intellectuelle.

Au contraire, la  physique est une science qui tente de comprendre, modéliser voire expliquer les phénomènes physiques de l'univers. Elle correspond à l'étude du monde extérieur, des lois de sa variation et de son évolution. La physique développe des représentations du monde vérifiables, applicables et appliquées dans un domaine de définition donné. Le lien entre physique et mathématiques est évident : bien que les résultats mathématiques soient des vérités purement formelles, ils trouvent des applications très nettes en physique d'une façon étonnante. D'ailleurs Eugène Wigner parle de « la déraisonnable efficacité des mathématiques dans les sciences de la nature ». Autrement dit la physique répond aux lois mathématiques. Elle répond si bien à ces lois que je me suis souvent demandé si la physique n'était pas qu'un ensemble de lois mathématiques et rien d'autre. C'est même ce que j'ai tenté de montrer dans cet article Le monde est un langage, où j'écrivais : des générations de scientifiques se sont émerveillées de la fabuleuse organisation mathématique du monde, du cosmos. Ce n'est plus étonnant lorsqu'on sait que tout cela n'est rien d'autre qu'une sorte de code informatique si j'ose dire.[…] L'univers c'est juste une suite de concepts organisés en lois par Dieu.

J'ai envie, avec cet article, d'aller un peu plus loin dans cette voie en essayant de traiter la question suivante : les mathématiques sont plus vastes que la physique puisqu'une partie seulement des mathématiques est utile à la physique ; mais alors qu'est ce qui fait qu'une certaine écriture mathématique puisse être transformée en réalité physiqueet qu'une autre non ? La question n'est pas des plus claires. Pour bien m'expliquer, au lieu de faire de grands discours stériles, je vais commencer par prendre un exemple tout simple : celui de la droite... Qu'est ce qu'une droite ?

D'abord non : ce n'est pas qu'un fort coup du poing droit asséné à un type qui vous aurait préalablement irrité parce qu'il est trop débile pour faire la différence douleur/pas douleur. Mathématiquement, c'est surtout une ligne rectiligne, infinie et sans épaisseur. Passons sur le côté infini et rectiligne. La question la plus intéressante est la suivante : une droite sans épaisseur peut-elle avoir un sens physique ? Pour qu'une ligne ou un bout de ligne existe physiquement, il faut que ''l'on'' puisse le ou la distinguer de l'espace alentour. On est bien d'accord ? J'insiste sur cette question car cela est un point particulièrement important. Autrement dit, il faut qu'un observateur puisse obtenir une information différente entre un point de la droite et un point alentour qui n'appartient pas à la droite : il est ainsi nécessaire qu'un transfert d'informations soit possible entre ce qui la compose et l'observateur.

Ce qui implique l'existence d'un transmetteur de l'information, bien évidemment : ce transmetteur va être capable d'interagir avec les composants de la droite, mais aussi avec l'observateur. Puisque tout cela est tout compte fait un problème d'information, il est intéressant de comprendre le point de vue de ceux dont le boulot est depuis le début de s'occuper du bon déroulement des transferts d'information, c'est à dire des communications. Lorsque la société Bell a cherché les moyens de transmettre des messages de façon économique et fiable, elle a fait appel à des mathématiciens et à des ingénieurs. Ceux-ci ont été naturellement amenés à envisager les propriétés théoriques de tout système de signaux utilisés par les êtres, vivants ou techniques, à des fins de communication. C'est ainsi que la théorie de l'information de Shannon, ingénieur à la Compagnie des Téléphones Bell, est née.

Celle-ci ne s'occupe pas du contenu sémantique ou du contenant physique mais uniquement des aspects mathématiques de l'information. Exactement le sujet de l'article !! Or qu'apprend-on avec cette théorie ?

Et bien que l'information est une donnée essentiellement aléatoire. Plus celle-ci est au départ aléatoire, imprécise, plus elle est potentiellement intéressante, mais plus il faudra ''payer'' pour mieux la connaître. J'entends par ''payer'', dépenser, investir en énergie et en temps. L'information est bien synonyme de mesure d'incertitude. Comme c'est par l'intermédiaire du transmetteur de l'information que l'observateur a accès à l'information, c'est dans le processus de transmission qu'il faudra investir pour obtenir la meilleure information possible. C'est logique. Reconsidérons maintenant notre droite et supposons que son épaisseur tende vers 0. La probabilité que tel ou tel point de l'espace soit occupé par un élément de la droite va donc tendre également vers 0 : c'est logique. Donc le prix à payer pour savoir quels points de l'espace font effectivement partie de la droite va tendre vers l'infini. Or on ne dispose pas d'un compte en banque illimité, si j'ose dire. Les moyens que l'on a à mettre dans le transmetteur d'information sont forcément limités : on ne peut consacrer un temps et une énergie infinis à la recherche d'une information. C'est impossible. Par conséquent, on ne pourra pas accéder à l'information renvoyée par une droite dont l'épaisseur serait trop faible. Au mieux, on aura une probabilité de présence, une probabilité d'existence, laquelle tendra vers 0 lorsque l'épaisseur diminuera. N'est-ce pas un résultat étonnant ?

Les lecteurs cultivés que vous êtes n'auront en effet pas manqué de remarquer que le terme ''probabilité'' fait immédiatement penser à la mécanique quantique. Dans un article tout récent, j'expliquais que d'après celle-ci, il est impossible de prédire l'issue exacte d'une expérience : le mieux que l'on puisse faire est de donner la probabilité d'occurrence de telle issue ou de telle autre. Cette caractéristique étrange correspond tout à fait à ce à quoi on doit s'attendre quand on considère que le monde physique n'a de réelle ''existence'' que lorsque les observateurs peuvent obtenir des informations sur lui. La dernière fois, j'expliquais aussi pourquoi, d'après les développements récents de la science, la matière n'est sans doute fondamentalement que de l'information. Aujourd'hui j'ai apporté un argument supplémentaire en faveur de cette théorie en montrant que la matière sera toujours perçue comme étant fondamentalement une information.

Je sais que vous avez du mal à voir où je veux en venir, mais n'oubliez pas l'interrogation initiale : qu'est ce que le monde ?? Qu'est ce que la matière ?? Voilà la question à laquelle j'essaie de fournir une réponse. J'ai déjà de nombreuses reprises expliqué que le monde est avant tout une écriture, un langage mathématique. Maintenant nous savons que pour que ce langage mathématique devienne un monde physique, il faut qu'il puisse être conçu de façon à ce qu'un observateur puisse en tirer des informations.

Ce ne sont pas n'importe quelles écritures mathématiques qui peuvent faire cela : j'ai assez bien illustré ce point avec l'exemple de la droite, qui doit mathématiquement au moins avoir une épaisseur pour faire partie du monde physique. Alors bien sûr, je n'ai ni le temps ni les moyens de montrer par le menu détail comment un monde mathématique peut devenir physique dès lors que l'on prend en compte la nécessaire observation des phénomènes par une entité ''capable''. Surtout dans un article aussi court. Ce serait pourtant passionnant à faire et j'espère vraiment que quelques mathématiciens ou physiciens s'y mettront un jour. Je suis sûr qu'ils pourraient trouver de fantastiques explications à des mystères comme l'expansion de l'univers ou l'inflation cosmique (évoquées ici). Ce travail mathématique a déjà plus ou moins commencé, comme par exemple avec Bekenstein ou même Verlinde, qui tente d'expliquer la gravitation à partir de la notion d'information. On attend de voir...

En tout cas, une chose est certaine : l'observateur est le point central de la physique. La physique suppose l'existence d'un observateur ! La physique ne peut exister que POUR une entité observatrice, c'est à dire capable de recevoir, d'analyser et de comprendre des informations extérieures... Cela rejoint d'ailleurs ce que les philosophes nous ont toujours dit : le monde n'a de réalité que parce qu'il y a des consciences qui proclament son existence.

C'est juste fantastique... Comme si un Grand Architecte avait conçu le monde pour qu'on en ait conscience. Grand Architecte ou pourquoi pas Grand Informaticien tant le fait de concevoir un monde d'informations s'apparente à la démarche du développeur, qui, avec des bits d'information fondamentales, le 0 et le 1 ''électriques'', arrive à recréer des espaces en 3 dimensions souvent bluffants de réalisme, et accessibles par un écran. La seule différence est que le monde ''informatique'' que Dieu a conçu est beaucoup plus élaboré puisque nous avons la chance d'être entièrement plongé dans l'écran. Je rappelle que l'existence de ces écrans dans lesquels nous serions immergés est non seulement obligatoire dès lors que l'on examine la vraie nature de la science physique mais aussi lorsqu'on réfléchit aux conséquences de l'insuffisance du corps. Mais alors comment, dans ces conditions, ne pas admettre l'inévitable existence d'une entité transcendante et créatrice de toute cela ?? Le monde aurait pu être purement mathématique, voire purement chaotique. Pourquoi est-il conçu de façon à accueillir des observateurs ? Ne vous rendez-vous pas compte de l'extraordinaire coïncidence ? Êtes vous obscurantistes à ce point ? Pourquoi tant de haine ??

J'ai régulièrement cette désagréable impression de ne pas être sorti du Moyen-âge et d'être encore loin du temps où l'on pourra faire de la vraie science. En attendant, pour conclure, permettez moi de rappeler la piste de recherche qu'il faut suivre pour à mon avis réussir un jour à trouver la Grande Explication, la Théorie du Tout, c'est à dire le modèle capable de tout expliquer et de reléguer les modèles standards actuels, de cosmologie ou de mécanique quantique, dans le grand sac des théories archaïques et dépassées : Il faut étudier les possibilités d'un monde mathématique à devenir physique, c'est à dire les conditions qui rendront un certain modèle mathématique observable par une entité ''capable'', c'est à dire a priori consciente.

Bien à vous.

Publié dans LE TOP, Best of SCIENCE

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