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le roman de daniel

Le messie, trois fois.

Publié le par Miteny

Épisode 12 de la saga dieuexiste.com... (L'épisode précédent est ici).

À l'aéroport Ben Gourion, des agents du Mossad parlant français attendaient nos quatre amis. Après avoir passé divers contrôles, ils les firent monter dans une voiture banalisée, direction Jérusalem, à soixante kilomètres. Une fois assis dans le véhicule, c'est Glandon qui le premier osa demander pourquoi ils étaient dans ce pays et surtout ce qu'ils allaient y faire. On leur répondit qu'on leur avait juste ordonné de conduire quatre réfugiés politiques dans un certain appartement de la vieille ville de Jérusalem et que là-bas ces réfugiés, c'est à dire eux, devraient attendre que la situation se détende. Ils n'en savaient guère plus et, de toute façon, s'en foutaient car ils avaient bien d'autres chats à fouetter : la nation était au bord d'un conflit avec l'Iran. Mitney, une fois de plus, eut l'impression qu'il était dans un cauchemar. Après avoir été poursuivi par un musulman, il était maintenant prisonnier des juifs. Jamais il n'aurait mis les pieds dans ce pays si l'on ne l'y avait pas conduit de force. Il se sentait otage d'une guerre de religion à la con : de quoi devenir farouchement athée. Les deux français, l'américain et la lituanienne traversèrent le pays d’Israël en silence, bouleversés par ce qu'ils venaient d'entendre. Et si jamais le nouveau président de l’Iran balançait une bombe nucléaire sur Jérusalem, ils auraient l'air de quoi ? De gros couillons qui se seraient encore faits avoir, comme souvent : voilà de quoi ils auraient l'air.

Une fois dans la capitale, on les amena donc dans un petit appartement de la vieille ville, pas très loin des remparts. Il y avait deux chambres, une cuisine et un salon. Pour quatre célibataires, cela ne faisait pas beaucoup. Il était déjà 16h30 et Rosnard proposa d'aller boire un verre. Tout le monde trouva que c'était une bonne idée. L'ancien lieutenant de gendarmerie voulut se laver les dents, une obsession chez lui, et ranger ses affaires. Quant à Helena, elle souhaitait prendre une douche et changer de vêtements : comportement irrationnel mais typiquement féminin. En attendant, Mitney et Glandon décidèrent d'aller faire un tour sur les remparts. Après quelques minutes à déambuler en silence, Mitney prit la parole.

« C'est quand même beau, non ? Jamais je n'aurais cru que je viendrais ici.

- Je suis déjà venu, mais je n'aime pas trop cet endroit. Je ne saurais te dire pourquoi.

- Ces remparts me font penser à ce que je te racontais dans l'église de Saint-Sulpice, hier, à Paris. Je te citais le chapitre 9 : Depuis le moment où la parole a annoncé que Jérusalem sera rebâtie jusqu'à l'Oint, au Conducteur, il y a sept semaines et soixante-deux semaines.

- Oui. Et tu disais que ce qui est toujours le plus délicat à déterminer, c'est la date de début, c'est à dire ici la date à laquelle la parole a annoncé que Jérusalem sera rebâtie. Je suppose que tu as des idées.

- J'ai pris l'encyclopédie, tout simplement. Et tu vas voir, c'est assez instructif. D'abord, il faut déterminer quand on peut parler de reconstruction de la ville. Je vais te proposer quelques dates.

- Je suis tout ouïe.

- Formidable... Premier cas : même les historiens admettent que le roi perse Artaxerxès Ier a donné l'ordre de rebâtir Jérusalem entre 457 et 445 avant Jésus-Christ, du temps de Néhémie.

- Pourquoi entre 457 et 445 avant JC ? Tu as des preuves, des indices ?

- Parce que c'est en 457 avant JC que le roi perse autorise Esdras à rentrer dans sa ville. Peut-être lui a-t-il donné l'ordre en même temps. Enfin, selon la Bible, le roi perse aurait délivré cette autorisation dans la vingtième année de son règne, c'est à dire en 445 avant JC. Pour être plus prudent, je prends les deux dates.

- Admettons. Ensuite ?

- Deuxième cas : Jérusalem a été détruite par les romains vers 70. Vers 129, l'empereur alors en fonction visite le site et décide d'y construire une ville nouvelle, Aelia Capitolina. Quelques années plus tard, elle est debout : sans murailles, mais debout. On peut considérer qu'on entre là dans le cadre de la prophétie, puisqu'il s'agit d'une reconstruction qui fait suite à un saccage complet de la célèbre cité.

- Oui, si tu le dis.

- Et j'ai envie de te proposer un troisième cas... Même si la ville n'a pas connu une nouvelle fois le sort que lui avait fait subir les romains en 70, elle a vécu des siècles de guerre depuis la conquête musulmane au septième siècle jusqu'aux différentes croisades à partir de 1099. Son urbanisme n'était guère stable, c'est le moins qu'on puisse dire. Puis le grand sultan turc Soliman le magnifique a bâti les murailles sur lesquelles nous marchons pour faire de la ville trois fois sainte une vraie cité. Personnellement, le bien fait à l'urbanisme de Jérusalem à cette occasion est si net que j'ai envie de considérer que cette reconstruction de murailles enfin dignes de ce nom après 1000 ans de murets de jardin, entre dans le cadre de la prophétie.

- Et il n'y a eu aucune reconstruction de murailles avant ? Vraiment ??

- Oui, mais pas des vraies !! Certaines ont duré moins de dix ans... Elles devaient être en paille !! Non, soyons sérieux, je te prie. Je ne vais pas te faire le détail de l'histoire de Jérusalem année par année, ce serait ridicule. Je ne vais pas te raconter la vie de chaque pierre, ce n'est pas ce qui importe. Ce qui compte, ce sont les grandes étapes, je pense que tu en conviendras aisément. Et la reconstruction de Jérusalem par Soliman en est sans nulle doute une puisqu'elle a marqué la cité de manière stable et durable, jusqu'à nos jours.

- Effectivement, tu n'as pas tort.

- Super !! J'adore qu'on me dise que je n'ai pas tort... Je kiffe... Bon, bref, parlons chiffres maintenant. Sais-tu sais de quand date le mur sur lequel nous sommes en ce moment ?

- Euh... Je sais que Soliman le magnifique était un contemporain de Charles Quint, François 1er et Henri VIII. Seizième siècle donc. 1550 ?

- Presque !! Il est vrai que Soliman est né la même année que François 1er, c'est à dire en 1494. D'ailleurs, les deux grands personnages historiques se sont rencontrés : ils étaient alliés... C'étaient des potes quoi. Le ''roy d'angolmois'' de la prophétie de Nostradamus et le bâtisseur d'une nouvelle Jérusalem se voyaient régulièrement. De là à imaginer quelques liens ésotériques entre Nostradamus et les prophéties de Daniel, c'est un pas que je ne franchirai pas... Mais ce n'est pas en 1550 que les murailles sur lesquelles nous marchouillons ont été dressées, mais entre 1535 et 1538. L'ordre a du être donné avant, disons entre 1529 et 1535, puisqu'il paraît que les travaux de la porte de Jaffa ont commencé vers 1530. Voilà donc pour le troisième cas. Résumons un peu la situation... Nous avons en fait trois dates de début valables pour cette prophétie : entre 457 et 445 avant JC, 129 et entre 1529 et 1535.

- J'ai hâte de savoir ce que tu en déduis !!! »

Mitney n'eut pas le temps de répondre. Rosnard, allergique à l'eschatologie, arrivait, les dents toutes propres. Helena ne tarda pas, beaucoup mieux habillée qu'auparavant. Elle était si belle que Mitney en oublia un instant ses histoires d'urbanisme et de ''Conducteur qui doit venir''. Ils partirent se promener dans la vieille ville, dans l'espoir de trouver une terrasse sympa où boire un verre. Malheureusement, ils ne trouvèrent que des boutiques de souvenirs, des marchands du temple modernes. Ils marchèrent néanmoins pendant une heure trente, histoire de se dégourdir les jambes et d'avoir faim pour l'heure du repas. Ils ne visitèrent aucun monument religieux. Glandon ou Mitney n'auraient pas dit non, mais les deux autres étaient farouchement contre. Dans la partie moderne de la capitale israélienne, ils tombèrent rapidement sur un restaurant sympa et s'installèrent. En attendant qu'on les serve, Rosnard prit la parole, histoire de rompre le silence et de montrer la blancheur de son appareil masticatoire.

« Que va-t-on devenir ? Nous sommes dans un pays étranger, désœuvrés. Nous faudra-t-il attendre la fin du monde ici, sans bouger ?

- Surtout que nous sommes placés au plus mauvais endroit. Jérusalem, la ville qu'Ahmadinejad veut détruire en premier. Enfin je crois...

- Sache qu'Ahmadinejad n’est plus au pouvoir... Moi, je vous propose d'écouter ce que Mitney a à nous dire sur les prophéties de Daniel. Aussi incroyable que cela puisse paraître, cela pourrait nous concerner. Alors vas-y, Mitney, va au bout de tes calculs. Rosnard, désolé si cela ne te plaît pas, mais là, il y a urgence, expliqua Glandon.

- Allez !!! C'est reparti pour un tour !!! Bordel, y'en a combien des prophéties de Daniel !!?

- Je fais vite... Je finis d'expliquer mon interprétation à Robert. Premier cas : date de début entre 457 BC et 445 BC, durée de 69 semaines d'années soit 483 ans. Le calcul de la date de fin donne : entre 27 et 39 après JC. C'est à dire en plein ministère de Jésus-Christ, grand prophète du christianisme. Deuxième cas : date de début en 129, durée toujours de 69 semaines d'années soit 483 ans. Date de fin : 612 après JC. D'après la tradition islamique, c'est à cette époque que Mahomet, alors âgé de quarante ans et futur grand prophète de l'islam, reçoit la révélation. N'est ce pas incroyable ? Dans les deux premiers cas, la prophétie de Daniel vise extrêmement juste. Elle prévoit presque à l'année près l'avènement des deux plus grandes figures du monothéisme, actuellement adorées et adulées par plusieurs milliards de personnes. Personnellement, je trouve cela très impressionnant. Et surtout, c'est une validation, une importante validation, une validation incroyable, une validation spectaculaire. J'espère que vous êtes d'accord...

- Une validation de quoi ?

- Mais vous ne devinez pas ?!? Vraiment ?? Vous ne devinez pas ?

- Attends, j'ai une idée... »

Rosnard prit son stylo pour dessiner sur la nappe une reproduction assez réussie des caricatures de Mahomet publiées par Charlie Hebdo en septembre 2012. Outre le titre, ''Le coming out de Daniel'', il écrivit ensuite dans la bulle : ''Mitney, et mes fesses, tu les aimes, mes fesses ?''. Cette blague douteuse ne fit pas rire Mitney, qui voulait vraiment arriver au bout de son discours.

« Très drôle... Bon, alors qui répond à ma question ? Je ne vais pas vous mâcher le boulot. De quel fait extraordinaire les deux calculs que je viens de vous exposer sont la validation ? Alors ?

- Cela doit avoir un rapport avec le troisième calcul, proposa Glandon.

- Exactement !! Si dans les deux premiers cas, Daniel a réussi à voir l'avenir avec une pertinence stupéfiante, il est fort probable que dans le troisième cas, il en soit de même. Troisième cas, donc : date de début entre 1529 et 1535, durée toujours de 69 semaines d'années soit 483 ans. Date de fin... Alors ?! Date de fin ?

- Entre 2012 et 2018...

- Exactement. Ce qui signifie que dans les années qui viennent se révélera un troisième conducteur, un troisième grand prophète du Dieu d'Abraham. Mais il ne sera pas comme les autres, il sera plus grand.

- Qu'est ce qui te fait dire cela ?

- Je vais tout vous dire, mais avant, pour avoir une vue d'ensemble de l’œuvre de Daniel, il nous faut examiner le dernier chapitre de son livre, le chapitre 12.

- Ah non, merde, ça suffit !! »

Rosnard s'était révolté. Son esprit trop républicain, trop gauchiste oserait-on dire, ne pouvait accepter des faits aussi troublants. Il refusait d'être emporté dans le tourbillon ésotérique qui s'emparait de Glandon et Mitney. Il ne pouvait pas croire qu'un nouveau messie allait arriver incessamment sous peu, là, maintenant. Non seulement, il ne pouvait pas y croire, mais il trouvait cela ridicule. Cette attitude réfractaire commençait à sérieusement énerver Robert Glandon, qui lui, voulait continuer de parler librement des sujets qui l'intéressaient. Heureusement pour Rosnard et pour la cohésion du groupe, le serveur arrivait avec des plats succulents. La nourriture aidant, l'ambiance se fit plus légère. On se mit à faire des commentaires sur le pays, à voir ses points positifs et négatifs. Glandon expliqua qu'il souhaitait se baigner dans la mer rouge et Rosnard se plaignit de l'ambiance trop religieuse de Jérusalem. On évoqua le nord du pays, la vallée du Jourdain, Jéricho, la mer morte et bien sûr, la plus grosse ville du coin, celle qu'on appelle « the bubble », à savoir Tel Aviv, la ville qui ne dort jamais. Mitney raconta ce qu'il avait entendu dire sur cette cité tout en rappelant qu'ils n'auraient sans doute plus beaucoup d'occasions de profiter de la vie une fois que la troisième guerre mondiale aura commencé.

Helena demanda s'il n'était pas alors possible d'y faire un tour. Mitney répondit qu'il l’emmènerait au bout du monde si elle le désirait. Les autres firent la moue, mais quelques minutes plus tard, le vin aidant, la décision était prise. Ce soir, ils feraient la fête. Ce soir, ils ne resteraient pas dans cette ville antique, perdue dans les collines. Ce soir, ils profiteraient de la chaleur et de la mer. Ils levèrent tous leurs verres en même temps vers le ciel comme pour sceller un pacte : oui, ce soir, ils iraient à TEL AVIV !!

La suite le mois prochain, comme d'habitude. Ci-joint, à titre d'illustration, une petite vidéo musicale sur Jérusalem :

Prière de ne pas me taper : je ne suis ni juif ni sioniste et il m'arrive aussi de rire aux blagues de Dieudonné, même si celui-ci a parfois des propos incohérents. Un petit exemple : il soutient Bachar El Assad mais aussi ses ennemis acharnés, les sunnites. Néanmoins, je vais le citer, ce Dieudonné (sa dernière vidéo ici), comme pour rétablir l'harmonie ''politique'' de cet humble article. Je vais reprendre à mon compte une de ses phrases qu'il a lui-même emprunté à un résistant fraîchement arrêté par sa police politique : « Avec le temps, j'avais un peu oublié contre quoi je résistais. Mais en voyant vos gueules de cons, la mémoire me revient. » C'est exactement ça. Certes, je ne vois pas les têtes des gens qui, par leurs commentaires, transpirent la plus immense des bêtises... Mais j'imagine. J'imagine très bien.

Publié dans Le roman de DANIEL

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69 semaines.

Publié le par Miteny

Épisode 11 de la saga dieuexiste.com... (L'épisode précédent est ici).

 

Les quatre compagnons décidèrent d'aller marcher dans Paris plutôt que de se coucher, pour ne pas être décalés. En outre, ils voulaient profiter de l'occasion pour montrer à Helena la beauté de la capitale française. Ils allèrent d'abord voir le palais du Luxembourg et ses fameux jardins, tout proche. Puis Helena voulut visiter le Louvre, dont elle avait entendu parler. Alors, d'un pas mou, ils se dirigèrent vers la Seine. Se faisant, ils passèrent devant l'église Saint-Sulpice et en profitèrent pour y jeter un œil. Ils contemplèrent le gnomon, la statue du Christ et y lurent quelques textes affichés là probablement par le curé. Ces derniers avaient pour but de contrer la thèse du Da Vinci code, selon laquelle Jésus de Nazareth aurait eu des descendants. Mitney interpella le professeur Glandon à ce sujet.
« Tu as lu ça, Robert ? C'est intéressant. Cela me donne envie de te poser une question personnelle. Es-tu chrétien ? Penses tu que Jésus Christ soit le messie ?
- Je ne sais pas. J'ai une culture chrétienne, c'est évident. Mais maintenant, je ne me pose plus ce genre de questions, disons, de façon aussi primitive. J'essaie de réfléchir, de comprendre au lieu de croire bêtement d'obscurs dogmes.
- Je suis tout à fait d'accord avec toi. J'ai toujours préféré la compréhension à la croyance. Voilà pourquoi j'ai passé autant de temps à décortiquer les prophéties bibliques.... Rosnard est assis là-bas, on peut discuter tranquillement, il n'entend rien de là où il est. Je dis ça parce que j'ai envie de reparler de Daniel en fait... Tu vas peut-être dire que je suis obsédé et tu auras probablement raison, mais bon. Sais tu de quoi parle le chapitre 9 ?
- En même temps, c'est pour ça que je suis venu te voir, je ne peux pas me plaindre. Pour répondre à ta question, je vais dire : de Jésus... Enfin je crois.
- En tout cas, c'est ce que prétendent les évangélistes et autres témoins de Jéhovah. Le texte sur lequel ils s'appuient est très court, je peux même te le citer de mémoire. Il s'agit là encore d'un ange qui parle à Daniel. Il lui dit : « Depuis le moment où la parole a annoncé que Jérusalem sera rebâtie jusqu'à l'Oint, au Conducteur, il y a sept semaines et soixante-deux semaines, les places et les fossés seront rétablis, mais en des temps fâcheux. Après les soixante-deux semaines, un Oint sera retranché, et il n'aura pas de successeur. »
- Et tu fais des calculs avec ça ?
- Bien sûr. 7 et 62 semaines, cela fait 69 semaines de sept jours prophétiques, soit 483 ans. On a une durée, une vraie durée. Comme dans les autres visions, reste à déterminer ce qui est toujours le plus délicat à déterminer : la date de début, c'est à dire ici la date à laquelle la parole a annoncé que Jérusalem sera rebâtie. »

Mitney s'arrêta de parler car Rosnard approchait et il n'avait pas envie que la dispute recommence. Les quatre compagnons sortirent de l'église Saint-Sulpice pour aller vers les quais de Seine. Il faisait beau et il était agréable de marcher dans Paris, au milieu des touristes. Ils se reposèrent un peu dans le jardin des tuileries, histoire de digérer complètement le plantureux repas qu'ils avaient consommé. Mitney ne parlait pas ni de Daniel ni d'aucune de ses prophéties. Il n'avait dans ces cas là d'yeux que pour Helena et ne cessait de l'interroger sur la langue lituanienne, qu'il prétendait vouloir apprendre alors qu'il s'agit d'une des langues les plus difficiles et les moins parlées d'Europe.
Quand ils entrèrent dans le très vaste musée du Louvre, l'après-midi était déjà avancé. Ils voulurent néanmoins se prendre quelques audio-guides mais, voyant qu'il n'y en avait pas en lituanien, Mitney s'énerva et insulta presque la pauvre réceptionniste, pourtant jolie. Du coup, personne n'en eut. Ils se dirent que de toute façon, ils ne disposaient que de peu de temps et décidèrent de limiter leurs visites aux antiquités orientales ainsi qu'à quelques peintures.
Ils passèrent par la section égyptienne avant de pouvoir contempler les richesses des anciennes civilisations de Mésopotamie. On contempla le code d'Hammourabi et Helena demanda à être prise en photo à côté des grands taureaux androcéphales ailés de la cour de Khorsabad, la ville créée par le roi assyrien Sargon II. Lorsqu'elle passa devant le relief du lion de Babylone, elle s'arrêta net. Bien sûr, elle le reconnaissait car son tortionnaire en possédait une grandeur nature dans sa demeure normande.
 

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Elle resta bouche bée tout en tentant de lire l'inscription attenante : « Ce relief en briques appartenait au décor ornant les murs de la voie processionnelle de Babylone, à l’époque de l’apogée de la cité sous le règne de Nabuchodonosor II (604-562). Les richesses tirées de son vaste empire furent mises au service d’une politique d’agrandissement et d’embellissement de la capitale. Ses édifices prestigieux, au décor somptueux, dominés par la haute ziggurat, la célèbre « tour de Babel », contribuèrent à une renommée qui débordait de beaucoup les frontières de l’empire.
Axe majeur de Babylone, la grande voie processionnelle qui mène de la porte d’Ishtar, au nord, jusqu’au sanctuaire de Marduk, le dieu tutélaire de la cité, expose ainsi tout le faste d’un décor de reliefs en briques moulées. Celles-ci sont dites à glaçure car recouvertes d’un revêtement vitreux brillant. Le décor se compose d’un semis de figures animales de grande taille, emblèmes des divinités majeures de la cité. À côté du dragon de Marduk apparaît ainsi le lion, animal attribut de la déesse Ishtar. Il est représenté gueule ouverte, menaçant, en gardien vigilant de la pérennité de la ville et de la prospérité de ses habitants.
C’est Nabuchodonosor qui va intégrer à son empire le dernier royaume hébreu indépendant. Jérusalem est définitivement conquise en 587, au terme d’un long siège. Le Temple, le palais, la ville sont pillés et incendiés, et une partie de la population déportée. C’est l’exil à Babylone, qui va conduire à la rédaction des textes fondamentaux de la Bible. »
« Dont l'un des plus importants, celui de Daniel. Ils auraient pu le dire... » rajouta Mitney, lui aussi très intéressé par ce bas relief. Et dire que Daniel lui-même est passé sûrement tous les jours pendant des dizaines et des dizaines d'années devant ce lion là : plus Mitney regardait la sculpture, plus il avait envie de pleurer, submergé par l'émotion. Helena pleurait aussi, mais pour d'autres raisons. Elle se souvenait des violences qu'elle avait subies durant tout ce temps. Sa mère lui manquait, son village aussi. Elle n'aurait jamais du partir de chez elle. Elle le savait maintenant. Mitney prit la malheureuse dans ses bras, pour la réconforter.
En se retournant pour poser sa fragile petite tête sur l'épaule puissante et rassurante de Mitney, la jeune fille remarqua un type qu'elle avait déjà vu quelque part. Quand elle le reconnut, elle sentit tressaillir l'intégralité de son corps, depuis ses petits pieds jusqu'à l'extrémité de ses cheveux délicats. Car oui, il s'agissait de l'homme au genou blessé, serviteur d'Iznogoud !!
L'enfoiré les avait retrouvés. Aussitôt, Mitney prit la jeune lituanienne par le bras et se dirigea vers les deux autres, qui glandaient devant des statues grecques représentant des hommes nus.
« Vite, il faut qu'on se casse, on nous a repéré. Les gorilles de l'autre malade nous ont retrouvés !!
- Quoi !! Mais ce n'est pas possible !! Nous venons d'arriver à Paris... Cela semble surréaliste. Comment auraient-ils pu savoir que nous sommes ici ?
- Surréaliste ou pas, ils sont bien là. »
Déjà, le gangster aux lunettes noires étaient sur leurs traces. Alors ils décidèrent de courir, bousculant au passage quelques touristes chinois. Rosnard était le plus lent, Hélène la plus svelte, n'hésitant à slalomer entre les visiteurs avec une souplesse de panthère.
Ils sortirent du musée pour se précipiter de l'autre côté, rue Christine, là où se trouvait leur hôtel. Mais lorsqu'ils se trouvèrent dans le passage entre la cour carrée du palais du Louvre et le pont des Arts, les méchants tentèrent de les prendre en tenaille.
« Fuck, ils essaient de nous coincer !! » hurla Robert. Les tueurs à gage étaient en train de dégainer lorsque la police arriva. Probablement alertée par un agent de la DGSE en charge de la surveillance des quatre zigotos, elle avait surgi juste au bon moment. Un inspecteur vint vers eux pour les rassurer : on veillait à leur sécurité. De loin, mais on veillait tout de même à leur sécurité.
Il les prévint qu'ils avaient eu de la chance. Des terroristes plus audacieux n'auraient pas hésité à tirer malgré la foule. L'inspecteur leur indiqua également qu'une enquête allait être lancée sur la fuite de renseignements dont la DGSE avait indéniablement été la victime. Plus ou moins rassurés, les quatre compagnons repartirent tout penaud. Sur le pont des arts, ils s'arrêtèrent un peu, pour souffler, décompresser. Ils étaient encore très tendus, très nerveux lorsque Mitney, à la fois pour évacuer le stress et distraire Hélène, se mit, contre toute attente, à chanter.
« Plus bleu que le bleu de tes yeux, je ne vois rien de mieux, même le bleu des cieuuuux !!! Plus blond que tes cheveux dorés, ne peut s'imaginer, même le blond des blééééés !!! … You know Edith Piaf, Helena ?
- Not exactly. But your song is well. I think I heard it one time.
- The song is about your eyes. The author wrote this song after seeing your eyes. » Hélène ria. Les autres aussi. L'atmosphère se détendit.
« Eh ben... Ça y va la dragouille. Si vous voulez, on vous laisse, se moqua Rosnard.
- Mais pourquoi y a-t-il tant de cadenas sur ce pont ? C'est vraiment étrange, interrogea Glandon.
- Ce sont des cadenas d'amour. Tu inscris ton nom et celui de ton amoureuse sur un gros cadenas très solide et tu l'attaches ici. Ainsi votre amour sera éternel...
- Et tu en veux un pour toi et Helena ? »
Mitney ne répondit pas. Il se contenta de frapper mollement son ami Rosnard. En réalité, il ne parvenait pas à cacher le trouble que la jeune blonde provoquait en lui. Lorsqu'ils se remirent à marcher, il se remit à chanter, tel un rossignol dont les vocalises printanières traduisent l'impatience de se reproduire.
« Moi j'ai pris la peine, de la retrousser, la burqa d'Hélène, moi qui ne suis pas capitaine... Et j'ai vu ma peine bien récompensée : sous la burqa de la pauvre Hélène, sous sa burqa mitée, moi j'ai trouvé des jambes de reine... Et je les ai gardées !! »
Il conclut sa chanson en embrassant Hélène sur la joue. Rosnard ria de la légère modification apportée par Mitney à une célèbre chanson. Glandon moins, car il ne connaissait pas trop Brassens. En arrivant rue Christine, là où se trouvait leur hôtel, Mitney eut furtivement l'étrange impression d'être déjà venu. Comme s'il avait été quelqu'un d'autre dans une vie antérieure et que cet ''autre'' avait habité ici. Puis il oublia. Bien qu'il fût seulement 18 heures, les quatre allèrent directement se coucher, sans manger. Leurs aventures les avaient épuisés. En outre ils devaient se lever tôt le lendemain, pour un lieu qui lui non plus n'était pas de tout repos, loin de là.
La suite le mois prochain, comme d'habitude.


Georges Brassens - Les sabots d'Hélène par musiclover4

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