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Hangover.

Publié le par Miteny

Épisode 13 de la saga dieuexiste.com... (L'épisode précédent est ici).

Mitney sentit qu'une lumière vive traversait sa paupière. Malgré la profondeur de son sommeil, il se rendit rapidement compte que toute sa tête était en plein soleil. Il ouvrit les yeux tout en les protégeant avec ses mains. Il avait vraiment la tête qui tournait. Puis, d'un geste machinal, il saisit son portable qui se trouvait toujours sur la table de nuit... 16 heures !! Aussi incroyable que cela puisse paraître, il était quatre heures de l'après-midi. Lorsque Mitney se mit en position assisse, il vit qu'Hélène dormait à côté d'elle, entièrement nue. Plongée dans son sommeil, elle vint malgré tout réclamer un câlin auprès de lui. Il ne se fit pas prier car il se rappela alors d'un résultat essentiel de la soirée d'hier. Il avait conquis le cœur de la belle lituanienne. En d'autres termes, il avait pécho la blonde.

Il ressentit une immense fierté. Lui, la quarantaine bien pesée, elle, vingt ans à peine. Une fille aussi jolie... C'était vraiment inespérée, improbable, extraordinaire. Le problème est qu'il ne se souvenait plus comment il avait bien pu séduire la jeune personne. Que s'était-il passé cette nuit ? Pourquoi était-il si tard ? Impossible de s'en rappeler. Mitney inspecta la chambre. Il y avait des vêtements éparpillés partout, quelques cannettes de bière sur le sol. Un de ses caleçons pendouillait, accroché au haut de la porte de la grande armoire. Il lui fallut du temps pour remarquer que les sous-vêtements d'Hélène traînaient lamentablement sur le rebord de la fenêtre : une honte.

« Bordel, que s'est-il passé ? » pensa-t-il tout haut. Puisqu'il avait mal au crâne, il songea à aller boire un café. Il se saisit du seul habit à peu près propre car pas en contact avec la bière répandue sur le sol, l'enfila puis ouvrit la porte du salon. Et là, ce fut l'horreur. Le sol était jonché de bouteilles d'alcool, de vomi, de vêtements sales, de strings et de trucs cramés... Une chaise finissait de se consumer tandis qu'une poule picorait nonchalamment des petits bouts de nourriture déjà digérés mais involontairement rendus par leur propriétaire... Dans le canapé, Rosnard, complètement nu avec juste une cravate autour de la tête, semblait plongé dans un coma profond. Il avait du mal à respirer car il avait sur lui un gros poilu qui l'enlaçait langoureusement.

Il alla chercher Glandon dans l'autre chambre, mais dans le grand lit, à la place de son ami, il y avait une grande et superbe fille noire entièrement nue, elle aussi décidément, sans doute d'origine éthiopienne, qui dormait profondément. Il chercha dans la salle de bains. Personne... Pas de Robert Glandon. Pendant un instant, il eut l'impression d'être l'un des héros du film Very bad trip et espéra que son collègue n'était pas coincé sur un quelconque toit de Jérusalem ou d'ailleurs. Il ne savait pas quoi faire. Le pire était qu'il ne se souvenait de rien. Peut-être avait-il absorbé du GHB, ce qui expliquerait ses amnésies. Il craignait que cela expliquât également le comportement docile et désinhibé d'Helena. Heureusement il y avait bien une cafetière et du café, alors, malgré le bordel, malgré le fouillis, malgré les odeurs, il entreprit d'en faire, notamment pour sa supposée dulcinée. Tel un homme idéal, il se mit à faire un peu de ménage, avec un balai, de la javel et une serpillière. Lorsque le café eut fini de couler, il s'enquit de trouver un plateau pour apporter un semblant de petit-déjeuner au lit à sa créature de rêve.

Arrivé près d'Hélène, il posa le plateau sur la table de nuit puis caressa le corps de la belle. Elle était si magnifique qu'il ne pouvait s'empêcher de la toucher. Elle se réveilla et s'assit dans le lit. Malgré l'immense trouble que provoquait chez lui la vision de la ravissante poitrine dénudée de la jeune blonde, Mitney réussit à parler.

« Hello Helena. How are you ? You had a good sleep ? I have coffee for you if you want.

- Thank you. I think that I've got the hangover. I have headache. It's strange, I don't remember exactly what I have done yesterday. And you ? »

Mitney prit la main d'Hélène.

« You know that I love you so much. Whatever you decide for us, I'll be there for you. Your life was not easy, but, you know, I'm here to help you. So... Do you remember what we've done together last night ?

- Yes.

- You agree with that ?

- Yes.

- Do you mean that... you... you love me ?

- Ta... Ye... Ye... Oui. »

Mitney eut honte de lui. Il avait l'impression de profiter de la détresse et du désarroi d'une orpheline en manque de sécurité affective. Néanmoins il se rassurait en se disant qu'il représentait pour elle une sorte de figure paternel, un roc sur lequel elle pouvait enfin s'appuyer pour construire une nouvelle vie : un petit roc, mais un roc quand même. Il voulait être là pour la réparer de toutes les violences qu'elle avait subi. Il l'embrassa, elle l'enlaça. Maintenant il savait que le GHB n'était pas la cause de leur amour. La vie lui parut tout à coup plus rose, le ciel plus bleu et le soleil plus chaud. Les murs souriaient, les oiseaux lui faisaient des clins d’œil. Maintenant il aimait Jérusalem, il adorait Jérusalem. Cette ville devenait pour lui le centre du monde, car il s'agissait de la ville que la grâce avait choisi pour lui offrir le plus beau des cadeaux qui soit : l'amour. Et quel amour ! Peut-être le grand amour de sa vie. En tout cas, il l'espérait fortement. Machinalement, il regarda son portable. Il ne l'avait pas remarqué auparavant, mais il y avait un message de Glandon : « Le gars qu'on a rencontré hier, Moshe, m'a convaincu. Rosnard a décidé de changer de sexe, moi, j'ai décidé de faire techouva. Si tu me cherches, je suis à la Yéchiva francophone de Jérusalem. J'étudie la Torah. Shalom. »

Mitney prit sa tête à deux mains. Mais que s'était-il donc passé hier, bordel ? En une nuit, tout avait basculé, tout avait changé. Comme si le temps avait tout d'un coup décidé d'accélérer très fort. Comme s'il avait fallu que chacun trouvât sa voie le plus vite possible avant une terrible catastrophe. Comme si chacun sentait que ça tournait mal et qu'il lui fallait faire un point sur le sens de sa vie. Les amoureux se rhabillèrent et décidèrent de sortir pour laisser Rosnard avec ses étranges amis. N'étant pas complètement égoïste, Mitney déposa tout de même un petit mot précisant : « Glandon s'est converti au judaïsme orthodoxe, je pars le raisonner. Fais le ménage et achète du pain. »

En fermant l'appartement qu'on venait de leur prêter, il eut le sentiment qu'il ne reviendrait plus jamais ici, qu'il ne verrait plus jamais son vieil ami. Il sut confusément qu'il allait se passer des choses et que sa vie avait définitivement basculé à Tel Aviv dans cette discothèque dont le nom lui échappait encore et dans laquelle apparemment il s'était passé bien des choses. D'ailleurs qui était cette fille qui avait échoué dans le lit de Glandon alors même que celui-ci était censé être entré dans les ordres ? Il trouvait cela louche mais n'osa pas poser la question à Hélène, par peur de l'agacer ou de la choquer. Dehors, le soleil inondait la ville sacrée de sa lumière, comme souvent. Même si cette journée était pour lui la plus belle des journées depuis plus d'une vingtaine d'années, il trouva les gens inquiets, anxieux, stressés. De toute évidence il se passait quelque chose. Il osa malgré tout interpeller un passant très pressé pour lui demander où se trouvait la Yéchiva francophone de Jérusalem. « Ramot, Ramot » lui répondit ce dernier sans arrêter sa course.

Ramot, une colonie israélienne... Mitney n'aimait pas les colonies. Il trouvait très choquant que des gens s'emparent par la force des terres de personnes dont l'unique tort était de vivre à un certain endroit. Il ne connaissait certes pas toutes les ficelles de cette épineuse affaire mais il savait au moins que cette confiscation de force choquait également beaucoup la communauté internationale. La Cisjordanie, une région du monde particulièrement étrange : avec ses poches palestiniennes et ses colonies israéliennes elle ressemblait à du roquefort un peu trop moisi... Malgré leurs légitimes appréhensions, Hélène et lui montèrent dans un bus pour ce quartier de Ramot. Ils s'assirent bien évidemment l'un à côté de l'autre, ce qui est interdit dans ces coins d'orthodoxie. Le français prit la main de la jeune lituanienne, qui n'était pas très rassurée.

« Helena, I want to learn lithuanian. If you want, I will bring you back in your country. I agree to live there. 

- I don't want to stay here. I don't like this place.

- Wonderfull ! We will leave together as soon as possible. I've got some money to build a new life. »

Les tourtereaux s'embrassèrent malgré les regards de plus en plus désapprobateurs des religieux qui étaient avec eux dans le bus. Après ce baiser langoureux, la jeune femme posa la tête sur l'épaule de l'homme mûr, et ferma les yeux. Elle n'était pas encore complètement reposée de sa nuit de folie. En regardant les traits fins et harmonieux de sa jeune et très belle conquête, Mitney eut furtivement le sentiment que quelque chose clochait. Peut-être s'inquiétait-il pour rien, mais il y avait bien des choses louches dans cette histoire. D'abord pourquoi ne se souvenait-il pas de sa nuit ? Même une forte dose d'alcool ne provoque pas une telle amnésie. Pourquoi Helena ne semblait pas plus affectée que ça ? Était-ce elle qui l'avait drogué ? Mais dans quel but ? Qu'elle en veuille à son corps était d'une absurdité sans nom. Or lui ne possédait rien, n'était rien. Mais alors pourquoi ? Pourquoi ? Et puis, pourquoi venir en Israël ? Quitte à être réfugié, autant l'être aux États-Unis. Pourquoi Robert Glandon n'avait pas plus insisté pour retourner dans son pays ? Et puis, qui était vraiment ce type ? Un espion, un agent du Mossad ? C'était peut-être lui qui l'avait drogué ?

Apparemment il n'était pas chrétien puisqu'on ne peut pas faire techouva si on n'est pas juif. Vraiment, il y avait de quoi se méfier. D'ailleurs, il aurait du le faire dès le début : un américain avec l'accent marseillais, c'est vraiment plus que louche. Mais, comme on dit dans le métier de l'embrouille politique ou religieuse, plus c'est gros, plus ça marche. Bizarrement, sous l'effet du stress de la nouveauté, les scénarios les plus abracadabrantesques se bousculaient maintenant dans la tête de Mitney : peut-être qu'Helena et Robert étaient de mèche, voire déjà en couple ?? Peut-être qu'ils étaient tous les deux juifs et que leur mission était de l'amener dans un piège ? Et si la DGSE qui les avait pratiquement kidnappés en pleine campagne normande était une fausse DGSE ? Cela impliquerait de faux gendarmes, un faux Iznogoud, un faux château, voire éventuellement un faux zoo avec de faux lions... Et si le monde n'était pas un vrai monde ?!!

Mitney ne savait plus quoi penser, il était en pleine crise de paranoïa. Pendant quelques instants, seul Rosnard paraissait vraiment innocent à ses yeux, sans doute parce qu'il le connaissait depuis longtemps et qu'il savait qu'il ne s'intéressait à aucune religion. Mais alors peut-être avait-on voulu l'éloigner de lui en le mettant dans les bras d'un gros poilu ? Mitney regretta tout à coup d'être parti si précipitamment. Il eut soudain le désagréable sentiment qu'il était en train de faire une grosse connerie. Puis une effluve du parfum d'Hélène parvint à ses narines. Et il oublia tout...

La suite le mois prochain, comme d'habitude. Une petite vidéo, pour illustrer.

 

 

 

Publié dans Le roman de DANIEL

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Être cause de soi.

Publié le par Miteny

Aujourd'hui je vais vous parler de la nature intime de Dieu. Alors attention, cela va être ardu... Car oui, rien n'est plus abstrait que Dieu. Cette entité, si on peut l'appeler ainsi, est si abstraite, si transcendante, qu'il est bien difficile d'en dire ne serait-ce que quelques mots. C'est en outre un sujet bien délicat : même en partant de la simple différence douleur/pas douleur, on arrive à créer des tensions et des haines qui n'ont aucun sens rationnel. C'est pathétique... Mais bon, passons. Ce qui va m'intéresser ici c'est la principale caractéristique d'une entité se voulant suprême : la cause de soi. Car tel est bien le cœur du problème. Tout ce qui existe a une cause, et tout ce qui a une cause extérieure à soi ne peut être qualifié de divin. Au contraire, Dieu est Dieu parce qu'il est cause de lui-même : c'est là la différence fondamentale, je dis bien fondamentale, entre lui et le reste du monde.

En 2012 dans cet article, j'avais montré que, du fait de cette caractéristique, Dieu alias la Substance existe d'une manière extrêmement puissante car extrêmement nécessaire. Puis dans cet autre article, j'en avais déduit qu'il n'est limité que par lui-même : rien ne peut contraindre son pouvoir d'être quelque chose si ce n'est lui-même. Autrement dit, il doit pouvoir être à peu près ce que bon lui semble. Lui seul décide de la complexité de sa nature. Ce qui implique par exemple l'existence du temps car, comme je l'avais montré à l'époque, sans le temps, pas de possibilité d'évolution vers quelque chose de plus élaboré. Tout serait non seulement statique mais également a priori sans aucune complexité. L'apprentissage, la révélation, et donc la prise de conscience de soi, seraient impossibles. Ce qui est exactement la définition du néant, le contraire de la complexité.

Être ce que l'on veut, décider de la complexité de sa nature, est un pouvoir vraiment extraordinaire. Et quand on l'a, peut-on faire autre chose que l'utiliser à fond et donc... de tout essayer ? Autrement dit d'envisager toutes les possibilités, de voir toutes les formes que peut revêtir le concept d'Existence, y compris et surtout les formes plus élaborées. Quitte à séparer ensuite le bon grain de l'ivraie. Un point important qu'il faut d'ores et déjà préciser : ce que Dieu va décider d'être sera sa création. En d'autres termes, sa création sera une part de lui. Et tout ce qui existe fait partie de cette création puisque dès l'origine, il n'y a rien d'autre que Dieu. Attention, ce n'est pas du panthéisme : je ne dis pas ici que l'univers et Dieu se confondent, mais que l'univers n'est bien qu'une partie de son ''être'', comme mon pied gauche est une partie de moi sans que moi je ne sois que mon pied gauche. Surtout qu'il n'y a pas que l'univers qui ait été créé. En effet, le concept d'Existence peut avoir plusieurs définitions, plusieurs formes : comme je l'expliquais il y a 15 jours, il peut être soit un concept S, c'est à dire quelque chose qui ne peut se réduire à un nom, aussi précis soit-il, soit un concept L, c'est à dire un nom.

L'avantage avec les codes, les notations, les noms, c'est que l'on peut imaginer des relations entre eux, des formules et ainsi inventer un langage mathématique qui sans doute au tout début n'est constitué que par 0 et 1, mais qui, par la suite, s'enrichit à l'infini. Non seulement il s'enrichit à l'infini mais il devient ''réel'' : en effet, selon l'hypothèse la plus raisonnable scientifiquement, tout ce que l'on peut imaginer mathématiquement doit exister quelque part. C'est la seule façon d'expliquer l'existence de notre univers si parfaitement adapté à l'émergence de la vie, j'en avais parlé en 2012. Autrement dit, le plus raisonnable est de penser que la ''réalité prise absolument'' - laquelle ne correspond pas à la définition officielle du mot réalité, attention - contient tout ce qu'il est possible d'imaginer mathématiquement. C'est à dire que ce qui existe correspond à ce qu'une entité toute puissante et cause d'elle-même aurait logiquement fait. Incroyable, non ? C'est ce que j'avais illustré en 2012 dans l'article avec cette image :

multivers-ao

Il s'agit d'un dessin peut-être un peu simpliste de ce que Tegmark appelle le multivers de niveau 5, dont notre univers est une toute petite partie, et qui est formé par tout ce qui est mathématiquement possible d'imaginer. Selon ce scientifique, ce multivers de niveau 5 correspond à ce que Claude Tresmontant appelait ''l'univers pris absolument'', à savoir le Grand-Tout, c'est à dire tout, tout ce qui existe. Et que tout ce que existe corresponde à tout ce que la physique peut se permettre est tout de même une ''coïncidence'' extraordinaire, vous ne trouvez pas ?? Il ne vous est jamais arrivé de vous demander pourquoi l'univers était si incroyablement riche et vaste ?

Non seulement chaque galaxie contient des centaines de milliards d'étoiles, mais l'univers contient des milliards et des milliards de galaxies. Cela donne tellement le vertige que même les scientifiques ont eu du mal à croire ce qu'ils voyaient lorsqu'ils ont découvert l'existence de ces ''univers-îles'' : cela paraissait bien trop fantastique. Pourquoi une telle profusion dans la création ? Sincèrement, c'est dantesque de créer tout ça. D'autant que, comme je viens de l'expliquer avec Tegmark, notre univers n'est semble-t-il qu'un univers quelconque dans la multitude d'univers de notre multivers de niveau 1, lequel n'est qu'un multivers de niveau 1 quelconque dans la multitude de multivers de niveau 1 de notre multivers de niveau 2, lequel n'est... Etc, etc, etc... Pourquoi une telle orgie d'existence ? Pourquoi tout ce qui existe ne se résume pas à un proton et à un électron par exemple ? Pourquoi ??! Hein ?? Pourquoi ?? Eh bien je vous l'ai dit pourquoi : parce que Dieu est cause de lui-même. Il décide de ce qu'il peut créer. Et logiquement, il a décidé de créer... TOUT. C'est la seule façon d'expliquer la coïncidence évoquée plus haut. Or je le répète, que TOUT existe ne va pas de soi : cela aurait pu être RIEN, ou pas grand-chose. Entre rien, pas grand-chose, pas mal de choses, presque tout et tout, les différences sont énormes...

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Les concepts S sont sans doute eux aussi riches à l'infini. Mais ils ont l'inconvénient de ne pas pouvoir se combiner pour former un langage. Par contre, ils peuvent, au contraire des concepts L, créer des réalités, cette fois ci selon le sens officiel du terme, et donc permettre à la conscience de soi d’apparaître. Ils sont inconnaissables mais très puissants : on ne peut pas tout avoir... Concept L, concept S... Existe-t-il d'autres sortes de concepts ?

A priori, oui. Autant que possible, toujours selon le même principe qui veut que Dieu ait TOUT créé. Le célèbre philosophe Baruch Spinoza avait, à son époque, lui aussi compris la puissance extraordinaire que devait avoir une Substance cause d'elle-même. C'est pourquoi il affirmait qu'une telle entité se devait d'avoir une infinité d'attributs, même si nous ne pouvions qu'en connaître deux qu'ils nommaient l'esprit et l'étendue. Je dis la même chose, mais avec un peu plus de rigueur. Chez moi, les attributs correspondraient aux types de concept imaginables par une Substance : L, S et pourquoi pas T comme temps. L'esprit, comme je l'ai rageusement expliqué des milliers de fois, est une combinaison de concepts L et de concepts S, et T, bien sûr : on ne peut donc le considérer d'emblée comme un attribut originel. Après, je ne sais pas s'il y a une infinité d'attributs au sens quasiment spinoziste du terme, c'est à dire une infinité de types de concept. En tout cas, il y en a le plus possible...

Je suis loin d'avoir tout dit à ce sujet, bien sûr. Il y aurait tant à investiguer sur le concept S, bien mystérieux. Il semble, comme je le disais il y a 15 jours, être capable d'exister par lui-même, tout comme Dieu. Est-il l'essence de la ''cause de soi'' ?? Je ne sais pas. Je ne suis même pas sûr que cette phrase ait un sens... Je n'y répondrai donc pas pour l'instant, je préfère continuer à enquêter sur le formidable potentiel de création de Dieu.

Comme je le disais plus haut, cause de lui-même, Dieu est seul à décider de sa nature et donc de sa complexité. Et j'ai également dit qu'il se devait d'utiliser le temps. Ce qui implique que la complexité qu'il veut obtenir, qui est son objectif naturel si j'ose dire, il ne peut l'obtenir qu'avec le temps. Encore une fois, si le temps n'existait pas, rien ne serait possible. En fait, la Substance utilise le temps pour complexifier sa création qui est, d'une certaine manière, ce qu'il veut être, ce qui le fait exister, ce qui le révèle...

Il va ainsi en faire quelque chose de toujours plus grandiose. Ce n'est d'ailleurs pas un hasard si le nom de ce Dieu unique a été dès le début ''je serai'', ''je me révélerai être''. Car oui, comme je l'écrivais en 2007, le nom donné par Moïse est "èhyèh ashèr èhyeh". "èhyèh" vient du verbe hébreu "hâyâh" qui exprime principalement l´idée de venir à l'existence, arriver, devenir, revêtir, entrer dans un nouvel état... Dans ce contexte, le plus juste serait de traduire le nom de Dieu par ''je serai'' ou ''je me révélerai être'' plutôt que par ''je suis''. Et d'après ce qui est écrit plus haut, cela correspond tout à fait à la caractéristique principale du seul Dieu qui existe vraiment : la cause de soi. En effet, ce nom sous-entend que Dieu vient à l'existence petit à petit, qu'il se révèle, comme s'il s'enrichissait avec le temps.

Entre parenthèses, je me demande si tous ceux qui répètent bêtement le ''Notre Père'' savent tout ça. Je me doute que non. Pourtant ils disent : « Notre Père qui es aux cieux, que ton nom soit sanctifié, que ton règne vienne, que ta volonté soit faite sur la terre comme au ciel ». Comment pourraient-ils sanctifier un nom qu'ils ne connaissent pas ? Ils feraient mieux de se taire, du coup... D'autant que, du fait de leurs dogmes statistiques, leur comportement est exactement inverse à celui qui serait inspiré par la sanctification d'un nom qui signifie ''je me révélerai être''. C'est carrément une profanation du nom de Dieu, un crime mortel dans leurs religions. Le comble de la bêtise. Pathétique. Mais bon, je préfère passer... Sinon je n'en aurai jamais fini de dire du mal des cons.

Revenons plutôt à nos moutons : si Dieu cherche donc à complexifier, enrichir sa création, il devrait faire en sorte que sa création se complexifie et soit la plus riche, la plus élaborée possible, c'est une lapalissade. C'est ce qu'il a fait au niveau des multivers et de chaque univers de ces multivers : ils sont riches, complexes, d'une variété hallucinante. C'est sans doute aussi ce qu'il doit faire pour ce fascinant phénomène qu'est la vie : j'en reparlerai bientôt dans un autre article, tellement ce point est intéressant. On peut même penser que, puisqu'il est connecté à chaque être humain via le lien métaphysique, il agisse d'une certaine manière dans le déroulement de l'Histoire, notre histoire. C'est fort ! Quoique... Je vais peut-être un peu trop vite : je discoure comme s'il était évident que Dieu avait un dessein, le fameux dessein intelligent, l'intelligent designdes américains. Et sans vraiment en apporter la preuve.

Pour l'instant, je n'ai de réels arguments que sur le lien entre être cause de soi et être capable de décider de la complexité de sa nature, c'est à dire être capable de créer différents types de concept et un langage le plus élaboré possible. Mais c'est déjà peut-être bien suffisant... En effet, ce que je décris là dénote des capacités assez évoluées : pouvoir écrire, imaginer, créer tout un tas de formules mathématiques complexes nécessite une certaine intelligence, vous en conviendrez. Si Dieu possède cette intelligence, même si elle n'est pas comme la nôtre, et si de plus il suit un certain objectif, celui de la complexité, alors vous devrez admettre qu'il n'est pas du tout absurde de parler de dessein intelligent. Dieu n'est pas juste une force aveugle qui fait des trucs au hasard sans trop savoir pourquoi. Une entité qui possède une telle énergie vitale, une telle ''volonté'', et qui est capable de concevoir un monde comme le nôtre ne peut pas être vraiment qualifiée de force impersonnelle. Ce qualificatif convient aux interactions fondamentales comme la gravitation, l'interaction forte ou l'interaction faible mais pas à Dieu, c'est clair.

Certes IL n'est pas une ''personne'' au sens anthropomorphique du terme. Il est une entité intelligente, mais sans conscience aussi nettement identifiable que la conscience humaine : il est sans doute dans une ''position intermédiaire''... Le cul entre deux chaises quoi... Pour tenter de continuer à cerner un minimum ce phénomène Ô combien mystérieux et dont le titre est un petit mot de quatre lettres très célèbre, je pense qu'il faut revenir maintenant à la signification de son nom – et pas de son titre – , à savoir : je me révélerai être. Là où j'en étais avant de digresser et de redigresser...

Cette phrase renvoie l'idée que Dieu se révèle avec le temps grâce au perfectionnement de sa création : il ''comprendrait'' davantage de choses au fur et à mesure que sa création se complexifie. Comme s'il intégrait sa création, la comprenait et se servait de cette ''clairvoyance'' pour aller plus loin, vers une création plus élaborée. C'est d'ailleurs l'idée qui ressort d'un livre comme la Genèse, récit de la fondation s'il en est. Considérez par exemple le verset 1.10 : « Dieu appela le sec terre, et il appela l'amas des eaux mers. Dieu vit que cela était bon. » Dieu vit que cela était bon. Presque tous les jours de la création du récit biblique, qui sont en fait des périodes de temps indéterminées, se terminent par cette petite phrase : « Dieu vit que cela était bon ». Pourquoi cette petite phrase ? Pour signifier que Dieu constate que ce qu'il a fait est ''bon'' et que donc, il ne le savait pas avant ! Quand on se rend compte que quelque chose est cool, ça veut dire qu'on ne le savait pas avant.... Autrement dit, en créant, Dieu apprend : il ne sait pas tout dès le début. Il s'enrichit par la connaissance, si j'ose dire, de ce qu'il fait et peut ainsi s'améliorer la fois suivante. Son action de création est de plus en plus efficiente, précise, avec le temps : il apprend à séparer le bon grain de l'ivraie. Ce qui implique que son action était primitive au début de la création de l'univers. Oui, primitive, j'ose le mot. La Toute-Puissance de la Substance n'exclut pas quelques faiblesses...

Tout cela signifie que Dieu ne sait pas forcément d'avance ce qu'il veut. Son objectif se précise avec le déroulement de l'histoire : multivers, univers, planètes, vie simple, vie complexe... Puis l'homme, enfin. Avec l'homme, Dieu a inventé la conscience de soi et il a vu que ''cela était bon''... Après avoir fait prospérer sa créature tranquillement pendant des milliers d'années dans le jardin d’Éden qu'était la Terre du paléolithique, il a voulu passer à l'étape suivante : la civilisation. La civilisation permet à l'homme, donc au support de la conscience, d'augmenter sa connaissance. Elle permet d'améliorer l'invention la plus sophistiquée de la Substance, son chef d'œuvre. Et, encore une fois, Dieu ''vit que cela était bon''.

Si bon qu'une première grande étape est proche de s'accomplir : en effet on dit que le monde fut créé pour que la Substance puisse y trouver une demeure et qu'il serait tout prêt de la dénicher. C'est ce que j'expliquais dans cet article Le dessein de Dieu l'année dernière : d'après certains ''spécialistes'', Dieu souhaiterait s'incarner dans un corps pour pouvoir lui aussi acquérir une conscience... Ce serait même l'objectif ultime de tout ce bordel qu'on appelle l'univers. Concrètement qu'est ce que cela signifie ??

Même après une relecture de l'article de décembre 2012, qui apporte une réponse honorable avec l'hypothèse ''Messie'', il faut avouer que cette affirmation semble bien mystérieuse. On pourrait penser que d'un point de vue extérieur, celui que Dieu est censé adopter, toutes les consciences humaines se valent et que le plus important est le destin de la communauté humaine dans son ensemble. Apparemment non, donc... Ou en tout cas, pas exactement, car leurs deux sorts, celui de l'humanité et celui de l'incarnation, restent intimement liés. Mille fois étrange.

Je ne pourrai pas donner maintenant l'explication détaillée que je n'ai pas. En outre, il est temps de CONCLURE cet article bien long dont l'objectif était avant tout l'examen des conséquences de cette caractéristique inévitable pour Dieu, la cause de soi. Voici ce que j'aurais trouvé :

  1. Être cause de soi c'est pouvoir décider de la complexité de sa nature, et donc choisir de créer le monde le plus riche et le plus complet possible. Ce qui semble être effectivement le cas de l'univers pris absolument, que l'on pourrait assimiler, avec un peu de poésie, au corps de Dieu.

  2. Il n'y a aucune raison a priori pour que Dieu alias la Substance sache tout sur tout dès le début, au contraire : ce n'est pas ça la Toute-Puissance.

  3. La Substance apprend en même temps que la création s'enrichit. Cela explique pourquoi l'objectif de Dieu n'est pas a priori parfaitement déterminé à l'avance.

  4. Cet ''apprentissage'' se vérifierait par l'accélération de l'évolution de la complexité de la création dans l'histoire.

  5. Le nom de Dieu symbolise cette caractéristique essentielle de la Substance.

  6. L’œuvre divine a atteint un summum avec l'émergence de la conscience de soi, résultat époustouflant d'une combinaison très sophistiquée de concepts L et S.

  7. Mais ce n'est pas tout, il y aurait encore mieux ! C'est l'étape suivante du dessein intelligent, qui pourrait être une incarnation.

C'est tout de même fascinant : la cause de soi, ce phénomène étrange qui se doit d'arrêter la chaîne de la causalité, est en fait la raison de toute existence, y compris et surtout de la nôtre. Cet article délivre aussi discrètement un autre message, qui a son importance : Dieu veille sur l'Histoire. Nous ne sommes pas seuls, Dieu fait attention à nous... A priori. J'espère avoir été convaincant.

Bien cordialement.

Post-scriptum : pour illustrer l'extraordinaire richesse de la création, une petite vidéo à regarder si vous êtes sceptiques. Tout en la visionnant, posez vous la question suivante : mais pourquoi donc l'univers est-il si riche ?? Pourquoi n'y a-t-il pas à la place de tout ça juste un seul petit proton isolé dans un immense vide ?

 

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