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Economie et métaphysique.

Publié le par Miteny

L'économie a toujours été pour moi une science bien obscure. Or la compréhension de son fonctionnement est indispensable pour comprendre le monde dans lequel on vit. L'économie est en outre un sujet essentiel pour le commun des mortels, bien plus que la métaphysique ou la cosmologie, malheureusement. Voilà pourquoi j'ai eu envie de réfléchir à ce thème par l'intermédiaire d'un article en tentant de répondre aux questions suivantes pour voir où cela va me mener :

  1. Mais qu'est ce qui peut bien faire tourner l'économie d'un pays ?

  2. Ceux qui ne jurent que par le PIB ou le pouvoir d'achat ne seraient-ils pas un peu débiles ?

Tout d'abord il faut savoir que le mot économie signifie administration d'un foyer en grec ancien - ça fait toujours bien de connaître le grec ancien - et ensuite que, par définition, c'est l'activité humaine qui consiste en la production, la distribution, l'échange et la consommation de biens et de services. Plus la production, la distribution et l'échange de biens et de services est facile, plus cette économie se portera mieux. Bien sûr... Les facteurs de production sont les ressources, matérielles ou non, utilisées dans le processus de production de ces biens et services. Le célèbre Adam Smith (1723-1790), fondateur de l'école classique, retenait, dans La Richesse des Nations, trois facteurs de production : le capital, le travail, et la terre. De nos jours, la modélisation est plus précise et les économistes ne retiennent que deux grands facteurs de production, le capital et le travail, mais en distinguant plusieurs sortes de capital dont au moins :

  • le capital physique, c'est à dire l'immobilier, les biens durables, le matériel de production,

  • le capital immatériel, c'est à dire le savoir-faire, l'organisation, les actifs incorporels, l'esprit d'entreprise.

  • le capital naturel, c'est à dire l'ensemble des ressources que la Terre a généreusement mis à notre disposition.

Dans une présentation initialement intégrée dans cet article consacré au climat du futur, Jean-Marc Jancovici nous expose sa vision super-simpliste de la théorie classique d'Adam Smith de l'économie à l'aide de ce schéma :

JMC1.png

Puis il nous montre ce qui correspond pour lui bien mieux à la réalité (schéma 2) :

JMC2

En fait, c'est grosso modo la vision néoclassique, les ressources représentant le capital naturel et le demi-cercle marqué du mot ''Capital'' le capital physique et matériel. À une nuance près : Jancovici a séparé l'énergie du capital naturel. Cela ne me paraît pas totalement justifié, sauf à vouloir mettre en évidence une ressource particulière, ce qui peut se comprendre quand celle-ci est le combustible fossile, particulièrement important pour notre économie. Si la quantité de ressources disponible se mesure généralement en tonnes, la production est évaluée essentiellement grâce au PIB. Dans une économie dynamique, la croissance du PIB est assurée soit par un accroissement des quantités de facteurs de production mobilisés, soit par une amélioration de leur combinaison productive, c'est à dire la productivité. Puisque le PIB est une fonction du capital et du travail, la croissance résulte de trois paramètres : la quantité de capital utilisée, la quantité de travail utilisée, et la productivité globale des facteurs.

Bien. Maintenant, j'aurais quelques remarques à faire sur ce modèle :

1. D'abord, il faudrait à mon avis absolument distinguer le capital naturel renouvelable du capital naturel non renouvelable. En effet, le fait de ne pas faire cette distinction revient à se moquer de ce qui pourrait arriver lorsque le capital non renouvelable sera épuisé. Le minimum que l'on puisse dire est que ce n'est pas très moral, ni très malin. Mais comme le disait Boulding : « pour croire qu'une croissance exponentielle peut continuer indéfiniment dans un monde fini, il faut être soit fou soit économiste. »

2. Ensuite, je suis d'accord avec JMC. L'énergie, c'est primordial. Avoir accès à une source d'énergie puissante et gratuite comme le pétrole ou le charbon permet d'obtenir une croissance économique bien plus conséquente. Mais, encore une fois, est-ce bien morale d'oublier que cette source est épuisable et très polluante ?

3. Enfin, ce modèle ne dit rien sur la valeur des biens et des services produits. Or si la santé du système productif est à ce point importante, c'est bien parce que ce qu'il produit a de la valeur, non ??!

Ce troisième point me semble particulièrement intéressant. Car la question est pertinente : après tout, qu'est ce qui a de la valeur ? Qui décide de la valeur de la production du système ? Dans notre société qui consomme toujours plus, on commence à perdre le sens des valeurs, peut-être justement parce que l'économie capitaliste et sauvage nous l'a fait perdre, non ??

Un premier tout petit exemple : Les joueurs de cartes de Paul Cézanne est le tableau le plus cher du monde. Il a été vendu 250 millions de dollars au Qatar... Quand même. Est-il ''normal'' de donner autant de valeur à une œuvre artistique certes très agréable à regarder mais tout de même facilement reproductible par quelque peintre amateur. 250 millions de dollars représentent tout de même 2,5 millions de barils de pétrole à 100 dollars le baril, soit un volume de 400 000 mètres cube !! On voudrait que l'argent gagné corresponde au mérite, à la peine dépensée pour l'obtenir ou bien qu'il puisse rendre compte du risque de pollution que représente le produit acheté - je parle du pétrole dans ce cas précis. Mais là, on en est bien loin...

Prenons un autre exemple : un engin de destruction comme le char américain Abrams vaut quatre millions d'euros. Sa production a nécessité du temps, de l'argent, des compétences. Il constitue donc une certaine valeur ajoutée, c'est indéniable... Mais lorsqu'on sait que ce char va servir à détruire la valeur ajoutée d'un autre produit du système productif, on peut se demander quel est au final le bilan de sa construction. D'un point de vue strictement physique, il est clair qu'il est excessivement négatif : tout se passe comme si le travail des hommes d'un côté avait annihilé le travail des hommes de l'autre côté. Savoir qui est le plus fort est une information futile qui coûte bien cher. Néanmoins, paradoxalement, il paraîtrait que la guerre relance l'économie... En effet, comment expliquer que celle-ci se portât bien mieux après une vague de saccage et de destruction de l'ampleur de la seconde guerre mondiale qu'avant ??

Plus j'y réfléchis, plus je me dis que si l'économie est une science à ce point complexe, insaisissable et imprévisible, c'est justement à cause de la détermination plus que personnelle et donc forcément irrationnelle de la valeur de ses produits ; l'homme est un être qui n'est pas fait que de raison, loin de là. Et s'il en est ainsi pour l'espèce, il en est de même pour sa société. S'il décide que la réponse à la question ''quelle nation est la plus forte ?'' a beaucoup de valeur, il sera prêt à s'investir énormément pour l'obtenir. Et l'économie se portera mieux, justement parce que chaque individu de la société va donner le meilleur de lui-même, habité qu'il est par sa mission. Même si tout ce qu'il fait n'est voué qu'à la destruction comme c'est généralement le cas en temps de guerre, le fait qu'il y passe du temps et de l'énergie suffira à rendre l'économie prospère. La machine ''tourne'', et c'est tout ce qui compte... Malheureusement.

...

Il y a quelques mois, j'écoutais une émission fort intéressante sur France Inter. L'un des experts invités sur le plateau, Jean-Marc Daniel, a parlé d'un homme qui pensait que l'économie était une science aussi exacte que pouvait l'être la physique : Nassau William Senior. Pour ce brave anglais, né en 1790, le rôle des économistes était de donner aux hommes les moyens d'être heureux, ce qui à la base n'est pas forcément idiot. Il croyait en outre que ce bonheur était quantifiable, mesurable de façon objective, mathématique, notamment avec l'argent. Il avait d'ailleurs posé un certain nombre d'axiomes : l'homme fonctionne par intérêt, lequel est objectivement quantifiable, l'homme cherche obtenir le maximum en fournissant le minimum, etc... Évidemment, on sait aujourd'hui que Nassau William se trompait gravement, comme j'ai tenté de l'illustrer avec mes petits exemples : l'intérêt que peut porter un individu à telle ou telle chose n'est pas obligatoirement mesurable, il y a plusieurs définitions de ''l'intérêt'', le bonheur d'un peuple ne peut se résumer au seul PIB, etc.

Au XIXème siècle déjà, de nombreux économistes - oui, des économistes !! -, comprenant le lien évident entre leur science et la définition du bonheur, ont essayé d'en trouver une plus subtile que celle de Nassau William : ils ont tous échoué. Certes, il y a bien des pays où l'on tente de mesurer le Bonheur National Brut à la place du PIB, comme au Bhoutan. Mais là-bas, c'est le roi qui définit ce que doit être le bonheur... Pas vraiment l'idéal. En outre, comme l'explique wikipédia : « le bonheur n'est pas quantifiable et sa mesure ne peut reposer que sur des mesures qualitatives, des indicateurs indirects ou la déclaration, toujours subjective, des personnes interrogées. » Subjective !!

Voilà le mot important. Tout cela est bien difficile à comprendre, c'est le moins qu'on puisse dire. Du coup, je ne suis pas sûr de pouvoir répondre correctement aux questions que je me suis posé en début d'article. Une chose semble néanmoins certaine : si on ne remplace pas progressivement le PIB par une forme de BNB amélioré prenant en compte la préservation des ressources naturelles, nous allons tout simplement disparaître. Le PIB n'a pas de moral, il flatte l’ego et encourage l'enrichissement individuel. Le PIB n'a que faire de la préservation de l'environnement. Le PIB se fout du bien-être de l'humanité à long terme, voire même souvent à court terme, comme en Chine. Le PIB ressemble beaucoup à Satan : il a pu devenir maître du monde en séduisant les foules crédules et corruptibles, mais en réalité, il est un ennemi de l'Homme.

Il est nécessaire de le combattre ou, tout du moins, de le transformer : et pour ce faire, il faut à mon avis faire appel à... Dieu (et oui, vous l'attendiez celui là, non ?). Ou en tout cas au moins mettre un minimum de sagesse dans le système. Et qui dit sagesse, dit éventuellement religion : c'est ce que j'ai sous-entendu avec force arguments dans cet article de novembre, Lettre à un ami décroissant. Sans spiritualité, point de salut.

Puisque c'est la détermination de la valeur des produits du système économique qui va déterminer le fonctionnement et la pérennité de ce dernier, il faut que cette valeur soit mesurée à l'aune d'un regard transcendant, rigoureux, et juste. Divin oserais-je dire. Si les gens finissent par comprendre que regarder le sport n'a aucun intérêt et que c'est même complètement débile, on ne trouvera plus de boxeur qui gagne 45 millions de dollars par combat. L'introduction de davantage de spiritualité dans la société devrait contribuer à élever les consciences et à leur faire comprendre où se trouve le bien et le beau. Autrement dit, on connait la solution : que les gens comprennent que le chemin étroit et difficile qui mène à la vie est préférable au chemin large et spacieux qui mène à la destruction.

Le bouddhisme du Bhoutan a permis la mise en place du BNB. Mais le monde ne peut pas adopter cette doctrine archaïque truffée d'erreurs. Il lui faut une spiritualité bien plus éclairée, à la fois rigoureuse, érudite, précise et vraie. L'idéal serait un monde où les gens seraient plus intéressés par la connaissance vraie des secrets de la métaphysique que par leur pouvoir d'achat. Un monde de rêve inaccessible à notre époque tant la masse populaire se complaît dans l'ignorance total et le mépris le plus profond de ce centre d'intérêt pourtant essentiel. Voilà pourquoi, de manière totalement utopique, je continue de proposer ma petite démonstration. Voilà pourquoi je pense qu'elle est importante : oui, elle peut être une des premières briques d'un monde nouveau où, pour le coup, l'économie sera à la fois durable et prospère. Très, mais alors très, très, modestement.

Miteny.

Publié dans Archives 2012-2014

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Être cause de soi.

Publié le par Miteny

Aujourd'hui je vais vous parler de la nature intime de Dieu. Alors attention, cela va être ardu... Car oui, rien n'est plus abstrait que Dieu. Cette entité, si on peut l'appeler ainsi, est si abstraite, si transcendante, qu'il est bien difficile d'en dire ne serait-ce que quelques mots. C'est en outre un sujet bien délicat : même en partant de la simple différence douleur/pas douleur, on arrive à créer des tensions et des haines qui n'ont aucun sens rationnel. C'est pathétique... Mais bon, passons. Ce qui va m'intéresser ici c'est la principale caractéristique d'une entité se voulant suprême : la cause de soi. Car tel est bien le cœur du problème. Tout ce qui existe a une cause, et tout ce qui a une cause extérieure à soi ne peut être qualifié de divin. Au contraire, Dieu est Dieu parce qu'il est cause de lui-même : c'est là la différence fondamentale, je dis bien fondamentale, entre lui et le reste du monde.

En 2012 dans cet article, j'avais montré que, du fait de cette caractéristique, Dieu alias la Substance existe d'une manière extrêmement puissante car extrêmement nécessaire. Puis dans cet autre article, j'en avais déduit qu'il n'est limité que par lui-même : rien ne peut contraindre son pouvoir d'être quelque chose si ce n'est lui-même. Autrement dit, il doit pouvoir être à peu près ce que bon lui semble. Lui seul décide de la complexité de sa nature. Ce qui implique par exemple l'existence du temps car, comme je l'avais montré à l'époque, sans le temps, pas de possibilité d'évolution vers quelque chose de plus élaboré. Tout serait non seulement statique mais également a priori sans aucune complexité. L'apprentissage, la révélation, et donc la prise de conscience de soi, seraient impossibles. Ce qui est exactement la définition du néant, le contraire de la complexité.

Être ce que l'on veut, décider de la complexité de sa nature, est un pouvoir vraiment extraordinaire. Et quand on l'a, peut-on faire autre chose que l'utiliser à fond et donc... de tout essayer ? Autrement dit d'envisager toutes les possibilités, de voir toutes les formes que peut revêtir le concept d'Existence, y compris et surtout les formes plus élaborées. Quitte à séparer ensuite le bon grain de l'ivraie. Un point important qu'il faut d'ores et déjà préciser : ce que Dieu va décider d'être sera sa création. En d'autres termes, sa création sera une part de lui. Et tout ce qui existe fait partie de cette création puisque dès l'origine, il n'y a rien d'autre que Dieu. Attention, ce n'est pas du panthéisme : je ne dis pas ici que l'univers et Dieu se confondent, mais que l'univers n'est bien qu'une partie de son ''être'', comme mon pied gauche est une partie de moi sans que moi je ne sois que mon pied gauche. Surtout qu'il n'y a pas que l'univers qui ait été créé. En effet, le concept d'Existence peut avoir plusieurs définitions, plusieurs formes : comme je l'expliquais il y a 15 jours, il peut être soit un concept S, c'est à dire quelque chose qui ne peut se réduire à un nom, aussi précis soit-il, soit un concept L, c'est à dire un nom.

L'avantage avec les codes, les notations, les noms, c'est que l'on peut imaginer des relations entre eux, des formules et ainsi inventer un langage mathématique qui sans doute au tout début n'est constitué que par 0 et 1, mais qui, par la suite, s'enrichit à l'infini. Non seulement il s'enrichit à l'infini mais il devient ''réel'' : en effet, selon l'hypothèse la plus raisonnable scientifiquement, tout ce que l'on peut imaginer mathématiquement doit exister quelque part. C'est la seule façon d'expliquer l'existence de notre univers si parfaitement adapté à l'émergence de la vie, j'en avais parlé en 2012. Autrement dit, le plus raisonnable est de penser que la ''réalité prise absolument'' - laquelle ne correspond pas à la définition officielle du mot réalité, attention - contient tout ce qu'il est possible d'imaginer mathématiquement. C'est à dire que ce qui existe correspond à ce qu'une entité toute puissante et cause d'elle-même aurait logiquement fait. Incroyable, non ? C'est ce que j'avais illustré en 2012 dans l'article avec cette image :

multivers-ao

Il s'agit d'un dessin peut-être un peu simpliste de ce que Tegmark appelle le multivers de niveau 5, dont notre univers est une toute petite partie, et qui est formé par tout ce qui est mathématiquement possible d'imaginer. Selon ce scientifique, ce multivers de niveau 5 correspond à ce que Claude Tresmontant appelait ''l'univers pris absolument'', à savoir le Grand-Tout, c'est à dire tout, tout ce qui existe. Et que tout ce que existe corresponde à tout ce que la physique peut se permettre est tout de même une ''coïncidence'' extraordinaire, vous ne trouvez pas ?? Il ne vous est jamais arrivé de vous demander pourquoi l'univers était si incroyablement riche et vaste ?

Non seulement chaque galaxie contient des centaines de milliards d'étoiles, mais l'univers contient des milliards et des milliards de galaxies. Cela donne tellement le vertige que même les scientifiques ont eu du mal à croire ce qu'ils voyaient lorsqu'ils ont découvert l'existence de ces ''univers-îles'' : cela paraissait bien trop fantastique. Pourquoi une telle profusion dans la création ? Sincèrement, c'est dantesque de créer tout ça. D'autant que, comme je viens de l'expliquer avec Tegmark, notre univers n'est semble-t-il qu'un univers quelconque dans la multitude d'univers de notre multivers de niveau 1, lequel n'est qu'un multivers de niveau 1 quelconque dans la multitude de multivers de niveau 1 de notre multivers de niveau 2, lequel n'est... Etc, etc, etc... Pourquoi une telle orgie d'existence ? Pourquoi tout ce qui existe ne se résume pas à un proton et à un électron par exemple ? Pourquoi ??! Hein ?? Pourquoi ?? Eh bien je vous l'ai dit pourquoi : parce que Dieu est cause de lui-même. Il décide de ce qu'il peut créer. Et logiquement, il a décidé de créer... TOUT. C'est la seule façon d'expliquer la coïncidence évoquée plus haut. Or je le répète, que TOUT existe ne va pas de soi : cela aurait pu être RIEN, ou pas grand-chose. Entre rien, pas grand-chose, pas mal de choses, presque tout et tout, les différences sont énormes...

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Les concepts S sont sans doute eux aussi riches à l'infini. Mais ils ont l'inconvénient de ne pas pouvoir se combiner pour former un langage. Par contre, ils peuvent, au contraire des concepts L, créer des réalités, cette fois ci selon le sens officiel du terme, et donc permettre à la conscience de soi d’apparaître. Ils sont inconnaissables mais très puissants : on ne peut pas tout avoir... Concept L, concept S... Existe-t-il d'autres sortes de concepts ?

A priori, oui. Autant que possible, toujours selon le même principe qui veut que Dieu ait TOUT créé. Le célèbre philosophe Baruch Spinoza avait, à son époque, lui aussi compris la puissance extraordinaire que devait avoir une Substance cause d'elle-même. C'est pourquoi il affirmait qu'une telle entité se devait d'avoir une infinité d'attributs, même si nous ne pouvions qu'en connaître deux qu'ils nommaient l'esprit et l'étendue. Je dis la même chose, mais avec un peu plus de rigueur. Chez moi, les attributs correspondraient aux types de concept imaginables par une Substance : L, S et pourquoi pas T comme temps. L'esprit, comme je l'ai rageusement expliqué des milliers de fois, est une combinaison de concepts L et de concepts S, et T, bien sûr : on ne peut donc le considérer d'emblée comme un attribut originel. Après, je ne sais pas s'il y a une infinité d'attributs au sens quasiment spinoziste du terme, c'est à dire une infinité de types de concept. En tout cas, il y en a le plus possible...

Je suis loin d'avoir tout dit à ce sujet, bien sûr. Il y aurait tant à investiguer sur le concept S, bien mystérieux. Il semble, comme je le disais il y a 15 jours, être capable d'exister par lui-même, tout comme Dieu. Est-il l'essence de la ''cause de soi'' ?? Je ne sais pas. Je ne suis même pas sûr que cette phrase ait un sens... Je n'y répondrai donc pas pour l'instant, je préfère continuer à enquêter sur le formidable potentiel de création de Dieu.

Comme je le disais plus haut, cause de lui-même, Dieu est seul à décider de sa nature et donc de sa complexité. Et j'ai également dit qu'il se devait d'utiliser le temps. Ce qui implique que la complexité qu'il veut obtenir, qui est son objectif naturel si j'ose dire, il ne peut l'obtenir qu'avec le temps. Encore une fois, si le temps n'existait pas, rien ne serait possible. En fait, la Substance utilise le temps pour complexifier sa création qui est, d'une certaine manière, ce qu'il veut être, ce qui le fait exister, ce qui le révèle...

Il va ainsi en faire quelque chose de toujours plus grandiose. Ce n'est d'ailleurs pas un hasard si le nom de ce Dieu unique a été dès le début ''je serai'', ''je me révélerai être''. Car oui, comme je l'écrivais en 2007, le nom donné par Moïse est "èhyèh ashèr èhyeh". "èhyèh" vient du verbe hébreu "hâyâh" qui exprime principalement l´idée de venir à l'existence, arriver, devenir, revêtir, entrer dans un nouvel état... Dans ce contexte, le plus juste serait de traduire le nom de Dieu par ''je serai'' ou ''je me révélerai être'' plutôt que par ''je suis''. Et d'après ce qui est écrit plus haut, cela correspond tout à fait à la caractéristique principale du seul Dieu qui existe vraiment : la cause de soi. En effet, ce nom sous-entend que Dieu vient à l'existence petit à petit, qu'il se révèle, comme s'il s'enrichissait avec le temps.

Entre parenthèses, je me demande si tous ceux qui répètent bêtement le ''Notre Père'' savent tout ça. Je me doute que non. Pourtant ils disent : « Notre Père qui es aux cieux, que ton nom soit sanctifié, que ton règne vienne, que ta volonté soit faite sur la terre comme au ciel ». Comment pourraient-ils sanctifier un nom qu'ils ne connaissent pas ? Ils feraient mieux de se taire, du coup... D'autant que, du fait de leurs dogmes statistiques, leur comportement est exactement inverse à celui qui serait inspiré par la sanctification d'un nom qui signifie ''je me révélerai être''. C'est carrément une profanation du nom de Dieu, un crime mortel dans leurs religions. Le comble de la bêtise. Pathétique. Mais bon, je préfère passer... Sinon je n'en aurai jamais fini de dire du mal des cons.

Revenons plutôt à nos moutons : si Dieu cherche donc à complexifier, enrichir sa création, il devrait faire en sorte que sa création se complexifie et soit la plus riche, la plus élaborée possible, c'est une lapalissade. C'est ce qu'il a fait au niveau des multivers et de chaque univers de ces multivers : ils sont riches, complexes, d'une variété hallucinante. C'est sans doute aussi ce qu'il doit faire pour ce fascinant phénomène qu'est la vie : j'en reparlerai bientôt dans un autre article, tellement ce point est intéressant. On peut même penser que, puisqu'il est connecté à chaque être humain via le lien métaphysique, il agisse d'une certaine manière dans le déroulement de l'Histoire, notre histoire. C'est fort ! Quoique... Je vais peut-être un peu trop vite : je discoure comme s'il était évident que Dieu avait un dessein, le fameux dessein intelligent, l'intelligent designdes américains. Et sans vraiment en apporter la preuve.

Pour l'instant, je n'ai de réels arguments que sur le lien entre être cause de soi et être capable de décider de la complexité de sa nature, c'est à dire être capable de créer différents types de concept et un langage le plus élaboré possible. Mais c'est déjà peut-être bien suffisant... En effet, ce que je décris là dénote des capacités assez évoluées : pouvoir écrire, imaginer, créer tout un tas de formules mathématiques complexes nécessite une certaine intelligence, vous en conviendrez. Si Dieu possède cette intelligence, même si elle n'est pas comme la nôtre, et si de plus il suit un certain objectif, celui de la complexité, alors vous devrez admettre qu'il n'est pas du tout absurde de parler de dessein intelligent. Dieu n'est pas juste une force aveugle qui fait des trucs au hasard sans trop savoir pourquoi. Une entité qui possède une telle énergie vitale, une telle ''volonté'', et qui est capable de concevoir un monde comme le nôtre ne peut pas être vraiment qualifiée de force impersonnelle. Ce qualificatif convient aux interactions fondamentales comme la gravitation, l'interaction forte ou l'interaction faible mais pas à Dieu, c'est clair.

Certes IL n'est pas une ''personne'' au sens anthropomorphique du terme. Il est une entité intelligente, mais sans conscience aussi nettement identifiable que la conscience humaine : il est sans doute dans une ''position intermédiaire''... Le cul entre deux chaises quoi... Pour tenter de continuer à cerner un minimum ce phénomène Ô combien mystérieux et dont le titre est un petit mot de quatre lettres très célèbre, je pense qu'il faut revenir maintenant à la signification de son nom – et pas de son titre – , à savoir : je me révélerai être. Là où j'en étais avant de digresser et de redigresser...

Cette phrase renvoie l'idée que Dieu se révèle avec le temps grâce au perfectionnement de sa création : il ''comprendrait'' davantage de choses au fur et à mesure que sa création se complexifie. Comme s'il intégrait sa création, la comprenait et se servait de cette ''clairvoyance'' pour aller plus loin, vers une création plus élaborée. C'est d'ailleurs l'idée qui ressort d'un livre comme la Genèse, récit de la fondation s'il en est. Considérez par exemple le verset 1.10 : « Dieu appela le sec terre, et il appela l'amas des eaux mers. Dieu vit que cela était bon. » Dieu vit que cela était bon. Presque tous les jours de la création du récit biblique, qui sont en fait des périodes de temps indéterminées, se terminent par cette petite phrase : « Dieu vit que cela était bon ». Pourquoi cette petite phrase ? Pour signifier que Dieu constate que ce qu'il a fait est ''bon'' et que donc, il ne le savait pas avant ! Quand on se rend compte que quelque chose est cool, ça veut dire qu'on ne le savait pas avant.... Autrement dit, en créant, Dieu apprend : il ne sait pas tout dès le début. Il s'enrichit par la connaissance, si j'ose dire, de ce qu'il fait et peut ainsi s'améliorer la fois suivante. Son action de création est de plus en plus efficiente, précise, avec le temps : il apprend à séparer le bon grain de l'ivraie. Ce qui implique que son action était primitive au début de la création de l'univers. Oui, primitive, j'ose le mot. La Toute-Puissance de la Substance n'exclut pas quelques faiblesses...

Tout cela signifie que Dieu ne sait pas forcément d'avance ce qu'il veut. Son objectif se précise avec le déroulement de l'histoire : multivers, univers, planètes, vie simple, vie complexe... Puis l'homme, enfin. Avec l'homme, Dieu a inventé la conscience de soi et il a vu que ''cela était bon''... Après avoir fait prospérer sa créature tranquillement pendant des milliers d'années dans le jardin d’Éden qu'était la Terre du paléolithique, il a voulu passer à l'étape suivante : la civilisation. La civilisation permet à l'homme, donc au support de la conscience, d'augmenter sa connaissance. Elle permet d'améliorer l'invention la plus sophistiquée de la Substance, son chef d'œuvre. Et, encore une fois, Dieu ''vit que cela était bon''.

Si bon qu'une première grande étape est proche de s'accomplir : en effet on dit que le monde fut créé pour que la Substance puisse y trouver une demeure et qu'il serait tout prêt de la dénicher. C'est ce que j'expliquais dans cet article Le dessein de Dieu l'année dernière : d'après certains ''spécialistes'', Dieu souhaiterait s'incarner dans un corps pour pouvoir lui aussi acquérir une conscience... Ce serait même l'objectif ultime de tout ce bordel qu'on appelle l'univers. Concrètement qu'est ce que cela signifie ??

Même après une relecture de l'article de décembre 2012, qui apporte une réponse honorable avec l'hypothèse ''Messie'', il faut avouer que cette affirmation semble bien mystérieuse. On pourrait penser que d'un point de vue extérieur, celui que Dieu est censé adopter, toutes les consciences humaines se valent et que le plus important est le destin de la communauté humaine dans son ensemble. Apparemment non, donc... Ou en tout cas, pas exactement, car leurs deux sorts, celui de l'humanité et celui de l'incarnation, restent intimement liés. Mille fois étrange.

Je ne pourrai pas donner maintenant l'explication détaillée que je n'ai pas. En outre, il est temps de CONCLURE cet article bien long dont l'objectif était avant tout l'examen des conséquences de cette caractéristique inévitable pour Dieu, la cause de soi. Voici ce que j'aurais trouvé :

  1. Être cause de soi c'est pouvoir décider de la complexité de sa nature, et donc choisir de créer le monde le plus riche et le plus complet possible. Ce qui semble être effectivement le cas de l'univers pris absolument, que l'on pourrait assimiler, avec un peu de poésie, au corps de Dieu.

  2. Il n'y a aucune raison a priori pour que Dieu alias la Substance sache tout sur tout dès le début, au contraire : ce n'est pas ça la Toute-Puissance.

  3. La Substance apprend en même temps que la création s'enrichit. Cela explique pourquoi l'objectif de Dieu n'est pas a priori parfaitement déterminé à l'avance.

  4. Cet ''apprentissage'' se vérifierait par l'accélération de l'évolution de la complexité de la création dans l'histoire.

  5. Le nom de Dieu symbolise cette caractéristique essentielle de la Substance.

  6. L’œuvre divine a atteint un summum avec l'émergence de la conscience de soi, résultat époustouflant d'une combinaison très sophistiquée de concepts L et S.

  7. Mais ce n'est pas tout, il y aurait encore mieux ! C'est l'étape suivante du dessein intelligent, qui pourrait être une incarnation.

C'est tout de même fascinant : la cause de soi, ce phénomène étrange qui se doit d'arrêter la chaîne de la causalité, est en fait la raison de toute existence, y compris et surtout de la nôtre. Cet article délivre aussi discrètement un autre message, qui a son importance : Dieu veille sur l'Histoire. Nous ne sommes pas seuls, Dieu fait attention à nous... A priori. J'espère avoir été convaincant.

Bien cordialement.

Post-scriptum : pour illustrer l'extraordinaire richesse de la création, une petite vidéo à regarder si vous êtes sceptiques. Tout en la visionnant, posez vous la question suivante : mais pourquoi donc l'univers est-il si riche ?? Pourquoi n'y a-t-il pas à la place de tout ça juste un seul petit proton isolé dans un immense vide ?

 

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