Economie et métaphysique.

Publié le par Miteny

L'économie a toujours été pour moi une science bien obscure. Or la compréhension de son fonctionnement est indispensable pour comprendre le monde dans lequel on vit. L'économie est en outre un sujet essentiel pour le commun des mortels, bien plus que la métaphysique ou la cosmologie, malheureusement. Voilà pourquoi j'ai eu envie de réfléchir à ce thème par l'intermédiaire d'un article en tentant de répondre aux questions suivantes pour voir où cela va me mener :

  1. Mais qu'est ce qui peut bien faire tourner l'économie d'un pays ?

  2. Ceux qui ne jurent que par le PIB ou le pouvoir d'achat ne seraient-ils pas un peu débiles ?

Tout d'abord il faut savoir que le mot économie signifie administration d'un foyer en grec ancien - ça fait toujours bien de connaître le grec ancien - et ensuite que, par définition, c'est l'activité humaine qui consiste en la production, la distribution, l'échange et la consommation de biens et de services. Plus la production, la distribution et l'échange de biens et de services est facile, plus cette économie se portera mieux. Bien sûr... Les facteurs de production sont les ressources, matérielles ou non, utilisées dans le processus de production de ces biens et services. Le célèbre Adam Smith (1723-1790), fondateur de l'école classique, retenait, dans La Richesse des Nations, trois facteurs de production : le capital, le travail, et la terre. De nos jours, la modélisation est plus précise et les économistes ne retiennent que deux grands facteurs de production, le capital et le travail, mais en distinguant plusieurs sortes de capital dont au moins :

  • le capital physique, c'est à dire l'immobilier, les biens durables, le matériel de production,

  • le capital immatériel, c'est à dire le savoir-faire, l'organisation, les actifs incorporels, l'esprit d'entreprise.

  • le capital naturel, c'est à dire l'ensemble des ressources que la Terre a généreusement mis à notre disposition.

Dans une présentation initialement intégrée dans cet article consacré au climat du futur, Jean-Marc Jancovici nous expose sa vision super-simpliste de la théorie classique d'Adam Smith de l'économie à l'aide de ce schéma :

JMC1.png

Puis il nous montre ce qui correspond pour lui bien mieux à la réalité (schéma 2) :

JMC2

En fait, c'est grosso modo la vision néoclassique, les ressources représentant le capital naturel et le demi-cercle marqué du mot ''Capital'' le capital physique et matériel. À une nuance près : Jancovici a séparé l'énergie du capital naturel. Cela ne me paraît pas totalement justifié, sauf à vouloir mettre en évidence une ressource particulière, ce qui peut se comprendre quand celle-ci est le combustible fossile, particulièrement important pour notre économie. Si la quantité de ressources disponible se mesure généralement en tonnes, la production est évaluée essentiellement grâce au PIB. Dans une économie dynamique, la croissance du PIB est assurée soit par un accroissement des quantités de facteurs de production mobilisés, soit par une amélioration de leur combinaison productive, c'est à dire la productivité. Puisque le PIB est une fonction du capital et du travail, la croissance résulte de trois paramètres : la quantité de capital utilisée, la quantité de travail utilisée, et la productivité globale des facteurs.

Bien. Maintenant, j'aurais quelques remarques à faire sur ce modèle :

1. D'abord, il faudrait à mon avis absolument distinguer le capital naturel renouvelable du capital naturel non renouvelable. En effet, le fait de ne pas faire cette distinction revient à se moquer de ce qui pourrait arriver lorsque le capital non renouvelable sera épuisé. Le minimum que l'on puisse dire est que ce n'est pas très moral, ni très malin. Mais comme le disait Boulding : « pour croire qu'une croissance exponentielle peut continuer indéfiniment dans un monde fini, il faut être soit fou soit économiste. »

2. Ensuite, je suis d'accord avec JMC. L'énergie, c'est primordial. Avoir accès à une source d'énergie puissante et gratuite comme le pétrole ou le charbon permet d'obtenir une croissance économique bien plus conséquente. Mais, encore une fois, est-ce bien morale d'oublier que cette source est épuisable et très polluante ?

3. Enfin, ce modèle ne dit rien sur la valeur des biens et des services produits. Or si la santé du système productif est à ce point importante, c'est bien parce que ce qu'il produit a de la valeur, non ??!

Ce troisième point me semble particulièrement intéressant. Car la question est pertinente : après tout, qu'est ce qui a de la valeur ? Qui décide de la valeur de la production du système ? Dans notre société qui consomme toujours plus, on commence à perdre le sens des valeurs, peut-être justement parce que l'économie capitaliste et sauvage nous l'a fait perdre, non ??

Un premier tout petit exemple : Les joueurs de cartes de Paul Cézanne est le tableau le plus cher du monde. Il a été vendu 250 millions de dollars au Qatar... Quand même. Est-il ''normal'' de donner autant de valeur à une œuvre artistique certes très agréable à regarder mais tout de même facilement reproductible par quelque peintre amateur. 250 millions de dollars représentent tout de même 2,5 millions de barils de pétrole à 100 dollars le baril, soit un volume de 400 000 mètres cube !! On voudrait que l'argent gagné corresponde au mérite, à la peine dépensée pour l'obtenir ou bien qu'il puisse rendre compte du risque de pollution que représente le produit acheté - je parle du pétrole dans ce cas précis. Mais là, on en est bien loin...

Prenons un autre exemple : un engin de destruction comme le char américain Abrams vaut quatre millions d'euros. Sa production a nécessité du temps, de l'argent, des compétences. Il constitue donc une certaine valeur ajoutée, c'est indéniable... Mais lorsqu'on sait que ce char va servir à détruire la valeur ajoutée d'un autre produit du système productif, on peut se demander quel est au final le bilan de sa construction. D'un point de vue strictement physique, il est clair qu'il est excessivement négatif : tout se passe comme si le travail des hommes d'un côté avait annihilé le travail des hommes de l'autre côté. Savoir qui est le plus fort est une information futile qui coûte bien cher. Néanmoins, paradoxalement, il paraîtrait que la guerre relance l'économie... En effet, comment expliquer que celle-ci se portât bien mieux après une vague de saccage et de destruction de l'ampleur de la seconde guerre mondiale qu'avant ??

Plus j'y réfléchis, plus je me dis que si l'économie est une science à ce point complexe, insaisissable et imprévisible, c'est justement à cause de la détermination plus que personnelle et donc forcément irrationnelle de la valeur de ses produits ; l'homme est un être qui n'est pas fait que de raison, loin de là. Et s'il en est ainsi pour l'espèce, il en est de même pour sa société. S'il décide que la réponse à la question ''quelle nation est la plus forte ?'' a beaucoup de valeur, il sera prêt à s'investir énormément pour l'obtenir. Et l'économie se portera mieux, justement parce que chaque individu de la société va donner le meilleur de lui-même, habité qu'il est par sa mission. Même si tout ce qu'il fait n'est voué qu'à la destruction comme c'est généralement le cas en temps de guerre, le fait qu'il y passe du temps et de l'énergie suffira à rendre l'économie prospère. La machine ''tourne'', et c'est tout ce qui compte... Malheureusement.

...

Il y a quelques mois, j'écoutais une émission fort intéressante sur France Inter. L'un des experts invités sur le plateau, Jean-Marc Daniel, a parlé d'un homme qui pensait que l'économie était une science aussi exacte que pouvait l'être la physique : Nassau William Senior. Pour ce brave anglais, né en 1790, le rôle des économistes était de donner aux hommes les moyens d'être heureux, ce qui à la base n'est pas forcément idiot. Il croyait en outre que ce bonheur était quantifiable, mesurable de façon objective, mathématique, notamment avec l'argent. Il avait d'ailleurs posé un certain nombre d'axiomes : l'homme fonctionne par intérêt, lequel est objectivement quantifiable, l'homme cherche obtenir le maximum en fournissant le minimum, etc... Évidemment, on sait aujourd'hui que Nassau William se trompait gravement, comme j'ai tenté de l'illustrer avec mes petits exemples : l'intérêt que peut porter un individu à telle ou telle chose n'est pas obligatoirement mesurable, il y a plusieurs définitions de ''l'intérêt'', le bonheur d'un peuple ne peut se résumer au seul PIB, etc.

Au XIXème siècle déjà, de nombreux économistes - oui, des économistes !! -, comprenant le lien évident entre leur science et la définition du bonheur, ont essayé d'en trouver une plus subtile que celle de Nassau William : ils ont tous échoué. Certes, il y a bien des pays où l'on tente de mesurer le Bonheur National Brut à la place du PIB, comme au Bhoutan. Mais là-bas, c'est le roi qui définit ce que doit être le bonheur... Pas vraiment l'idéal. En outre, comme l'explique wikipédia : « le bonheur n'est pas quantifiable et sa mesure ne peut reposer que sur des mesures qualitatives, des indicateurs indirects ou la déclaration, toujours subjective, des personnes interrogées. » Subjective !!

Voilà le mot important. Tout cela est bien difficile à comprendre, c'est le moins qu'on puisse dire. Du coup, je ne suis pas sûr de pouvoir répondre correctement aux questions que je me suis posé en début d'article. Une chose semble néanmoins certaine : si on ne remplace pas progressivement le PIB par une forme de BNB amélioré prenant en compte la préservation des ressources naturelles, nous allons tout simplement disparaître. Le PIB n'a pas de moral, il flatte l’ego et encourage l'enrichissement individuel. Le PIB n'a que faire de la préservation de l'environnement. Le PIB se fout du bien-être de l'humanité à long terme, voire même souvent à court terme, comme en Chine. Le PIB ressemble beaucoup à Satan : il a pu devenir maître du monde en séduisant les foules crédules et corruptibles, mais en réalité, il est un ennemi de l'Homme.

Il est nécessaire de le combattre ou, tout du moins, de le transformer : et pour ce faire, il faut à mon avis faire appel à... Dieu (et oui, vous l'attendiez celui là, non ?). Ou en tout cas au moins mettre un minimum de sagesse dans le système. Et qui dit sagesse, dit éventuellement religion : c'est ce que j'ai sous-entendu avec force arguments dans cet article de novembre, Lettre à un ami décroissant. Sans spiritualité, point de salut.

Puisque c'est la détermination de la valeur des produits du système économique qui va déterminer le fonctionnement et la pérennité de ce dernier, il faut que cette valeur soit mesurée à l'aune d'un regard transcendant, rigoureux, et juste. Divin oserais-je dire. Si les gens finissent par comprendre que regarder le sport n'a aucun intérêt et que c'est même complètement débile, on ne trouvera plus de boxeur qui gagne 45 millions de dollars par combat. L'introduction de davantage de spiritualité dans la société devrait contribuer à élever les consciences et à leur faire comprendre où se trouve le bien et le beau. Autrement dit, on connait la solution : que les gens comprennent que le chemin étroit et difficile qui mène à la vie est préférable au chemin large et spacieux qui mène à la destruction.

Le bouddhisme du Bhoutan a permis la mise en place du BNB. Mais le monde ne peut pas adopter cette doctrine archaïque truffée d'erreurs. Il lui faut une spiritualité bien plus éclairée, à la fois rigoureuse, érudite, précise et vraie. L'idéal serait un monde où les gens seraient plus intéressés par la connaissance vraie des secrets de la métaphysique que par leur pouvoir d'achat. Un monde de rêve inaccessible à notre époque tant la masse populaire se complaît dans l'ignorance total et le mépris le plus profond de ce centre d'intérêt pourtant essentiel. Voilà pourquoi, de manière totalement utopique, je continue de proposer ma petite démonstration. Voilà pourquoi je pense qu'elle est importante : oui, elle peut être une des premières briques d'un monde nouveau où, pour le coup, l'économie sera à la fois durable et prospère. Très, mais alors très, très, modestement.

Miteny.

Publié dans Archives 2012-2014

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mamalilou 04/01/2014 02:34


Que 2014 nous
soit une contemplation porteuse de créativité, un dynamisme empreint de clairvoyance et l'avénement de la synergie éclairée...


2014 voeux à ta mesure et force joie en partage pour un BIB au taquet


au plaisir de te lire ici ou ailleurs dans ces propositions souvent délirantes à se désosser et
parfois, de plus en plus souvent même, introspectives voire constructives... Dieu existe donc... là, tout au fond, bien planqué au creux de miteny... de lui aussi...


2014 bisous pour la tendresse nécessaire à affronter les défis de la vie, à commencer par celui de
se pointer là, comme une grosse buse dans le mitan de nulle part, en ce blog psychédélique

Miteny 04/01/2014 15:07



pfff....



Justicier 28/12/2013 08:45


iMiteny :


"L'économie a toujours été pour moi une science bien
obscure"


C'est un cri du coeur, mais j'ai envi de te dire qu'il n'y a pas que
l'économie qui te semble obscure...


écrire que :


"Le PIB ressemble beaucoup à Satan : il a pu devenir maître du
monde en séduisant les foules crédules et corruptibles, mais en réalité, il est un ennemi de l'Homme."


Est une ineptie. Le
PBI :


 


 


 


 


 


 


 


 


 


 


 


 


 


 


Ce n'est en effet, RIEN d'autre, qu'un INDICATEUR économique de la richesse produite par année dans un pays donné.


Cet indicateur représente la valeur ajoutée totale des biens et des services produits sur un territoire
national. Il est utilisé pour mesurer la croissance économique d’un pays.


Le rapport PIB / habitant est utilisé quant à lui pour mesurer le niveau de vie des habitants


 


Cet indicateur ECONOMIQUE je te le concède bien volontiers n'est qu'un bien piètre reflet du "bien être" des habitants d'un pays, car il
ignore notamment que l’économie dépend de ressources physiques – en ne tenant compte que de
l’apport humain – et entretient de ce fait une impression de « monde infini » qui ne prépare pas du tout à la gestion des défis qui nous attendent.


Son inventeur Simon Kuznets, en avait d'ailleurs parfaitement conscience puisqu'il a lui même déclaré en 1934 devant le Congrès américain :


« La mesure du revenu national peut difficilement servir à évaluer le bien-être d'une nation ».


Il devrait donc être remplacé ou pour le moins complèté par un autre indicateur....intégrant des valeurs sociales ( comme des critères objectifs de conditions de vie, et sociètales
) qui concourent et conditionnent le bien être des habitants d'une nation.


Mais vouloir comparer le PIB à Satan, c'est comme comparer la "valeur" du veau d'or à..... l'enfer.


Or ce n'est pas EN ELLE MÊME la valeur du veau d'or qui créée les injustices, c'est la répartition de la richesse qu'il représente qui ELLE en est responsable.


Que certains économistes, entre autres, l'adorent et lui portent un culte au PIB, en considérant que c'est le seul objectif économique, avoir un PIB national et par
habitant le plus élevé, peut être, mais c'est marginal. 


En tout hypothèse je te souhaite bien du plaisir pour expliquer à ceux qui n'ont qu'un revenu minimal pour manger se loger et se soigner, que leur pouvoir d'achat, ce n'est finalement pas très important, ils feraient mieux de s'intéresser à la connaissance vraie des secrets de la métaphysique....dispensée par toi, je suppose


Je sens que tu vas être bien reçu   


Mais c'est vrai que, selon toi, ce ne sont finalement qu'un ramassis de crétins, de moutons, de mécréants....des inutiles en quelque sorte, voir pire et ils
méritent bien leurs sorts, ces suppots de satan


Mais au fait, combien gagnes-tu par mois, toi pour mépriser à ce point tes contemporains ? 


Alors un conseil, métaphysicien  de mes deux, t'occupes
surtout pas d'économie, tu risques d'aggraver encore ton état de santé mentale qu'est déjà pas brillant 


Sacré Mitounet va, toujours le mot pour rire 


 


 


 


 


 


 


 


 


 


 


 


 


 


 

Miteny 28/12/2013 10:13



Bah oui, on ferait mieux de mesurer le BIB par exemple : le bonheur international brut ou le BNB.


Ce serait plus humain.


"Que certains économistes, entre autres, l'adorent et lui portent un culte au PIB, en considérant que c'est le seul objectif économique, avoir un PIB national et par
habitant le plus élevé, peut être, mais c'est marginal. "


Mais il est fou : ce n'est pas du tout marginal !